Titrée « l’Effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ? » et parue sur la tribune.fr ; Cette note insidieuse et d’un cynisme extraordinaire, accuse nos états d’être « incapables de protéger leurs populations face à la pandémie » mais anticipe également sur le « discrédit » qui sera le leur ! A travers cet article, je me propose de partager avec vous quelques éléments de réflexion.

L’HEURE DE REPENSER LA CARTOGRAPHIE DE NOS PRIORITÉS

L’état de guerre déclaré par le président français implique bien entendu que les shadow cabinets se mettent d’ores et déjà à l’œuvre pour préparer l’après-guerre et donc la reconstruction de leur société mais aussi de leur économie. L’on sait tous que l’Europe et la France en particulier ne peuvent rien sans le soutien de l’Afrique tout en essayant de nous faire croire le contraire.

Sinon comment interpréter la note imaginative du quai d’Orsay sur la probable implosion de l’Afrique face au COVID parue sur la tribune.fr, alors qu’elle est débordée de toutes parts par le COVID-19 ? Comment interpréter ce paternalisme condescendant alors que l’effondrement de son économie semble inéluctable au regard de la situation catastrophique actuelle avec des entreprises déjà en redressement judiciaire pour éviter le dépôt de bilan immédiat ?

Que dire de leur stratégie de « changement d’interlocuteurs » qui est un aveu implicite de la manipulation des régimes africains ? Preuve ne pourrait être plus tangible que la préconisation d’ « anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître de choc provoqué par le COVID -19 en Afrique » écrit le CAPS (centre d’analyse, de prévisions et de stratégie)

Bref, ce document ne ressemblerait-il pas à s’y méprendre à un bréviaire de leur future offensive colonialiste pour faire passer la pilule des coups d’Etat en douceur ? Je n’épiloguerai pas sur le reste du document consultable sur la plupart des sites d’information, ni sur les propos réducteurs et insultants relatifs à notre « incapacité » à prendre notre destin en main, ce qui immanquablement leur donnerait le rôle du Messie.

Mais ne soyons pas naïfs, ce n’est pas de l’altruisme, mais rien de moins que de la clairvoyance machiavélique dans la perspective de la reconstruction de leur cher pays. Au nom d’une entraide internationale, au nom d’une prétendue incapacité de nos pays à nous relever de cette pandémie, la France prépare son offensive de domination et de reconstruction par un afflux du cycle infernal des IDE (investissements directs étrangers) qui achèvera de mettre à genoux notre tissu économique déjà fragile et peu protégé mais permettra à ses entreprises de se relever.

Les pays d’Afrique francophone sont les plus gros partenaires de la France et restent malheureusement la chasse gardée de cette dernière dans l’exploitation aussi bien de ses ressources humaines matérielles, minières que « politiques ». C’est pourquoi il est important à la lecture de ce document, de sonner l’alerte pour la sauvegarde et le renforcement de notre souveraineté nationale par des actions concrètes de redéfinition de nos priorités, mais surtout refuser le manque de respect notoire sous-jacent de ce texte qui nous dénie tout libre arbitre en réalité.

ASSUMER NOS RESPONSABILITÉS

La saturation des marchés des pays émergents devenus pays développés comme les pays asiatiques qui ont réussi à s’approprier leurs technologies et les améliorer ne constitue pas seulement une menace pour les occidentaux, mais représente la dure réalité déclinante de leur hégémonie auprès des peuples naguère considérés comme arriérés. En revanche, le niveau de démographie de la Chine maintes fois critiqué par ces derniers, s’est révélé un atout de taille tant au niveau de la capacité d’absorption des marchés que dans la capacité d’innovation d’un peuple résilient, éduqué et formé. Un pays qui a pu en quelque décennies, renverser la vapeur militaire, technologique et économique en sa faveur, au point d’être l’ennemi public numéro des USA, qui, pour garder par tous les moyens leur hégémonie, ont publiquement déclaré la guerre commerciale et financière à la Chine dans l’unique but d’asphyxier tout un peuple. Cet exemple est simplement illustratif du déséquilibre des nations et nous donne un message fort en tant qu’Africain en général et Sénégalais en particulier, pour nos perspectives et la maîtrise de notre histoire afin de tirer les leçons de notre passé, construire notre présent et préparer le futur de nos enfants. Notre destin sera ce que nous en ferons et pas ce que les institutions internationales sous le couvert de l’aide au développement décideront pour nous. Notre destin réside dans la construction d’une nation forte, résiliente, éduquée, formée, pétrie de civisme, de valeurs de solidarité, de respect, de fraternité, d’égalité et d’un sens patriotique élevé. Être Sénégalais doit signifier quelque chose et nous sommes seuls responsables de la façon dont nous voulons être traités, perçus et considérés.

POUR UNE COOPÉRATION ET DES RAPPORTS ÉQUILIBRÉS ENTRE NATIONS.

Aujourd’hui, le monde ressemble à un jeu de quilles avec le virus Corona représentant la boule de culbute qui a mis à terre les fondamentaux somme toute fragiles des grandes puissances de ce monde, sans un seul coup de feu. Et ! … sans discrimination aucune. Tous les peuples sont logés à la même enseigne de cette pandémie. Il me parait alors évident qu’une structuration égalitaire, juste et équitable des sociétés, devient une nécessité absolue de « l’après-guerre » et nous ne devons, surtout pas, nous laisser conter l’histoire.

Aujourd’hui, dans le concert de reconstruction des nations, notre pays ne doit pas rater le coche de la souveraine reconstruction (révolution) technologique, économique, sociale et culturelle. Prenons à bras le corps le besoin de refondation de notre société. Ce besoin reconnu de tous mais dont la déconstruction de certains piliers semblait impensable à priori. Aujourd’hui le COVID-19 nous en donne l’opportunité. L’opportunité de nous débarrasser des ruines de la perte des valeurs, de l’individualisme exacerbé, de la facilité, du mensonge, de la méchanceté, de la corruption et j’en passe.

Éradiquons ces stigmates de la déliquescence, qui sont à l’origine de la triste image renvoyée par la pseudo résistance de certains Sénégalais refusant de se conformer aux directives des plus hautes autorités de notre pays lors de l’incursion de la pandémie dans notre pays, et qui a mis à nu un niveau d’incivisme inouï qui pourtant se traduisait au quotidien dans des actes banalisés dont nous sommes tous des témoins impuissants. Il n’en demeure pas moins que nous sommes tous responsables.

Nous nous complaisons dans le maasla, le grawoul, soit l’hypocrisie et la médiocrité. Avec comme corollaire le danger de banaliser ces 3 tares qui sont en train de ronger notre société en la mettant en lambeaux, d’instiller le poison de la division, de plébisciter la médiocrité et de reléguer le mérite à un principe désuet ! La valeur « Travail » ne semble plus avoir de sens. La norme sociale est inversée, mais il est n’est pas trop tard pour remettre en selle les valeurs d’éthique, de discipline, d’intégrité et de responsabilité qui caractérisent une nation forte et respectée.

REDÉFINIR NOS PRIORITÉS

C’est fort de ce constat qu’il est impératif de revoir la cartographie de nos priorités, repenser nos politiques publiques, redéfinir nos stratégies de coopération, tenir compte de nos atouts intrinsèques, valoriser nos ressources, redéfinir une politique sociale tenant compte du secteur informel, ajuster la politique fiscale (assiette fiscale trop lourde) à notre réalité économique de façon à éliminer l’économie souterraine et avoir une visibilité sur l’ensemble du tissu économique, définir des axes de développement intégrant le secteur primaire avec une politique agricole forte faisant de nos agriculteurs des exploitants agricoles respectés et non des ouvriers agricoles saisonniers, valoriser le secteur privé pour encourager les investissements productifs.

Aujourd’hui le remarquable élan de solidarité noté pour lutter contre le coronavirus prouve que les sénégalais peuvent s’approprier leur pays et le développer. Encore faudrait-il un Etat fort qui soutienne ses investisseurs en appliquant de façon équitable et dynamique la préférence nationale. Il ne s’agira pas de fonctionner en autarcie, au regard du grand village planétaire qu’est le monde. Mais ayons la liberté de choisir nos objectifs et moyens de développement, la liberté de choisir nos partenaires, la liberté de choisir nos moyens de financements sans céder aux chantages des puissances occidentales dont l’altruisme me laisse perplexe quant à la finalité de leur aide (liée) au développement systématiquement accompagné de la contrainte du choix des partenaires ou entreprises de réalisations de travaux en dépit de l’existence de compétences locales avérées. Dans le recentrage de nos priorités, deux piliers fondamentaux que sont la santé et l’éducation doivent être la base de nos politiques de développement.

C’est un truisme de dire qu’aujourd’hui nous avons été confrontés de la plus douloureuse des manières à l’importance de ces deux secteurs au moment où le budget de la santé a été tronqué de 20% cette année alors que les hôpitaux publics peinent à donner ne seraient-ce que des soins de première nécessité à nos concitoyens ; Au moment où la qualité des enseignements est largement décriée et que l’école sénégalaise perd son lustre d’antan, que ceux qui en ont les moyens sortent leurs enfants de l’école sénégalaise, échec ne pouvait être plus cuisant que de voir des masses de sénégalais refuser d’intégrer ce que le simple bon sens recommande pour se protéger. Il est temps de se reprendre. Et à la volée. Choisir ses partenaires et ses axes prioritaires de développement relève de la souveraineté absolue. Mais cette dernière passe par la construction d’une nation forte et patriotique qui passe au demeurant par :

1. L’éducation et la formation de ses citoyens. La valorisation de nos vecteurs de transmission de savoir : le corps enseignant dans son ensemble;

2. La maîtrise et le développement d’une technologie de pointe dans tous les domaines ;

3. La valorisation de la recherche et développement ;

4. Une politique industrielle forte couvrant tous les besoins de l’économie sénégalaise, renforçant les acquis, relançant les secteurs défaillants, ouvrant de nouvelles perspectives pour les secteurs balbutiants ;

5. Une armée forte technique et engagée ;

6. Un système de santé pérenne et efficace, un plateau médical de pointe au bénéfice de tous les citoyens et la valorisation de ses ressources humaines ;

7. Un système d’encadrement social transparent au bénéfice des plus pauvres sans encourager une société « d’assistés » ;

8. Le repositionnement au centre de la société de la valeur « Travail » ;

9. Un remaniement du système de protection des travailleurs pour le rendre plus moderne en tenant compte des contingences transcendées lors de cette pandémie grâce au télétravail ;

10. Une intégration intelligente des réalités sociétales de la condition des femmes travailleuses pour la possibilité de travailler à temps partiel, prendre un congé parental et envisager le réaménagement des congés de maternité ;

Quelques réflexions non exhaustives que m’inspire la crise sanitaire actuelle. Soyons clairvoyants et prenons les devants pour relever notre économie et rebâtir notre société avant que d’autres ne le fassent à notre place.

Ndèye Sokhna DIALLO, Expert financier sokhnagd@gmail.com

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