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Procés verbaux de « l’asp, tabasseur de mendiante » : Ce qui s’est réellement passé

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Le procès de l’Agent de sécurité de proximité (Asp) Guer Mamadou Mbow accusé d’avoir violentée une mendiante a été renvoyée au 22 juin prochain. Accablé par l’opinion publique sur la base d’une vidéo diffusée dans les réseaux sociaux, l’Asp a été déchargé par plusieurs témoins dont des…mendiantes et un vieux de 70 ans qui s’est spontanément pointé à la Sûreté urbaine pour parler du « vrai visage » de la victime présumée Rougui Thiam.  Le quotidien Libération  a  en effet dévoilé le rapport d’enquête.

Suite à une opération de retrait des mendiants officiant dans le Centre-ville, les éléments du Peloton « Ilotage » dirigés par l’agent de police Baye Ibrahima Ndiaye ont conduit et mis à la disposition du poste de police du commissariat central de Dakar, le 8 juin 2018, à 18 heures 40, suivant mention 9991, onze mendiants handicapés moteurs parmi lesquels huit maliens et deux sénégalaises dont justement Rougui Thiam. Quelques heures plus tard, cette opération de routine a pris une autre tournure lorsqu’une vidéo filmant la scène notamment la partie où on voyait un élément de l’Agence de sécurité de proximité (Asp) en prise avec des mendiants handicapés, a été publiée sur les réseaux sociaux.

L’agent de police Baye Ibrahima Ndiaye : « Elle nous a dit « nous valons plus que vos mamans, la preuve c’est nous qui vous payons ».

L’enquête a débuté par le rapport oral de l’agent de police Baye Ibrahima Ndiaye plus connu sous le nom de Baye Bia. Selon lui, le commandant du corps urbain leur avait instruit le même jour, vers 17 heures, d’interpeller tous les mendiants officiant dans le centre-ville en particulier sur l’itinéraire boulevard de la République-Bloc des Madeleines. Habitués à ce genre d’opération, les choses se sont déroulées normalement et 10 mendiants de nationalité malienne ont été interpellés et conduits sans difficultés dans le véhicule de police. C’est une fois à la Rue Carnot que l’opération a tourné court suite aux agissements du nommé Rougui Thiam. En effet,  selon l’agent de police, Rougui Thiam a demandé à ses pairs de ne pas obtempérer aux injonctions des forces de l’ordre au motif que les mendiants sont des citoyens à part entière et ont par conséquent le droit de se mettre où ils veulent. Elle serait même allée plus loin en demandant à l’agent Ndiaye de se renseigner sur le sort que les mendiants ont réservé au brigadier Ibrahima Fall Mbaye son prédécesseur au peleton de l’ilotage. Il est formel et reste profondément touché par les injures en public qu’il soutient avoir reçu de Rougui Thiam alors qu’il exécutait les instructions reçues de sa hiérarchie. « Elle m’a dit de demander au brigadier Ibrahima Fall Mbaye que ce dernier me dira ce que les mendiants lui ont fait voir. Elle a poursuivi en ajoutant : « nous valons plus que vos mamans, la preuve c’est nous qui vous payons ». Elle a été très violente et discourtoise. La preuve est la seule dont la chaise roulante est restée sur place », a confié l’agent de police.

Ses déclarations ont été à peu prés celles de l’Asp Nguer Mamadou Mbow. Il soutient avec véhémence n’avoir levé la main sur aucune mendiante. Selon lui, la scène de la vidéo a été prise alors qu’il tentait désespérément de se libérer de l’emprise des mendiants qui s’étaient agrippés à sa ceinture et à sa jambe. D’ailleurs il a présenté une blessure au tibia gauche que lui aurait infligé Rougui Thiam. Il a ajouté que la vidéo ne montre pas la séquence précédente. C’est-à-dire celle où les mendiants mécontents de l’interpellation de Rougui Thiam l’ont pris à partie et lui ont donné des coups de bâtons et de béquilles. Une des mendiantes, celle qui est tombée de la chaise roulante sur la vidéo, tenait en ce moment dit-il, son sexe et ne voulait pas le lâcher malgré les cris qu’il émettait.

Les mendiantes interpellées ont unanimement déclaré lors de leurs interrogatoires n’avoir pas vu la scène de l’interpellation de Rougui Thiam mais soutiennent n’avoir pas été violentées par les forces de l’ordre. L’interrogatoire de M. Doumbiya, une malienne, reste la plus intéressante. Elle a soutenu en effet que Rougui Thiam était très agitée et a carrément refusé de monter dans la voiture avec les mendiants maliens parce que Sénégalaises. Elle a copieusement abreuvé les policiers d’injures et a même voulu s’en prendre à elle lorsqu’elle l’a priée de se calmer. « Rougui Thiam avait refusé de monter dans le véhicule de la police au motif qu’elle est une sénégalaise à part entière et elle ne devait pas être traitée comme une Malienne. Sur ces entrefaites deux policiers sont venus la faire monter dans le véhicule », dit-elle sur Pv. A la question des enquêteurs à savoir ce que Rougui lui a dit quand elle l’a trouvé dans la voiture, elle précise : « Je lui ai dit qu’être Sénégalais ou Malien c’était la même chose et là elle voulait m’agresser (…) Oui, j’ai vu Rougui Thiam s’acharner sur un policier en lui donnant des coups. Non, l’Asp n’a pas donné des coups à Rougui Thiam. Par contre elle était très agitée et elle s’obstinait à ne pas entrer dans la voiture de police ».

M.Doumbiya, mendiante : « Rougui Thiam avait refusé de monter dans le véhicule de la police au motif qu’elle est une sénégalaise à part entière et elle ne devait pas être traitée comme une Malienne ».

Rougui Thiam a également été interrogée. Dans son propos, elle a soutenu les faits de rébellion qui étaient imputés mais nie avoir proféré des injures en direction des forces de l’ordre. Elle a précisé aussi n’avoir jamais été battue par les policiers qui, selon elle, voulaient juste l’amener à intégrer leur fourgonnette pour rallier le commissariat. Elle justifiera son geste à la fin de l’interrogatoire à l’endroit de l’Asp, par le fait qu’elle avait peur de ne plus revoir ses enfants qu’elle a confié à une de ses amies à Rufisque.

Cependant, bien avant l’arrestation de l’Asp, un nommé Abdoulaye dit S.Guèye, transitaire de son état s’est présenté spontanément au commissariat central pour déclarer qu’il est de son devoir de venir parler de la dame Rougui Thiam qu’il connaît depuis plusieurs années. Il la décrit comme étant une femme querelleuse et prompte à insulter les gens qui rament à contre-courant de ses intérêts personnels. Il soutient avoir lui-même fait les frais de son « extrême indiscipline ». Il a terminé en soutenant, du haut de 70 ans, qu’il est conavaincu que Rougui Thiam, a dû provoquer l’Asp. Il reste convaincu que n’importe quel être humain aurait réagi comme l’Asp voire pire, face à l’arrogance indescriptible de la dame. « Je ne connais aucun Asp et je ne connais pas l’agent en cause. Je suis l’interface entre Mamadou Lamine Guèye, le directeur général de la Csttao (société commercial de transport transatlantique de l’Afrique de l’ouest) et l’association des handicapés du Plateau dont la présidente se nomme Mbayang Ndiaye. M. Guèye mon patron leur offre de temps à autre par mon canal des médicaments, chaises roulantes et dons divers. Une fois elle a voulu bénéficier d’un matelas alors qu’elle n’était pas membre de l’amicale des mendiantes du Plateau mais on a fini par accéder à sa demande. Six mois plus tard, elle rencontre mon patron et réitère sa demande et il l’a encore mis en rapport avec moi. Je lui ai dit que ce n’était pas possible. Elle m’a insulté publiquement dans mon bureau. Elle a dû son salut ce jour-là à l’intervention du concierge. A l’époque j’avais écrit une plainte contre elle et au dernier moment le sous-préfet de Nguékhokh  m’a dissuadé. (…) Malgré mes 70 ans, elle ne s’est pas gênée de m’insulter devant tout le monde ».

Abdoulaye G., témoin spontané : « Malgré mes 70 ans, elle m’a abreuvé d’insultes dans mon bureau ».

A sa suite l’Asp a été aussi interrogé. Dans son face-à-face avec les enquêteurs, il est revenu en détails sur certaines séquences de la vidéo, notamment celles qui le filme en train de brandir sa ceinture, de terrasser une mendiante ou encore de donner un coup de pied à l’une d’elle. Sur la première interpellation, il a éclairé la lanterne des enquêteurs ne expliquant que c’est quand il tentait de se libérer de l’emprise des mendiantes que sa ceinture s’est rompue, l’obligeant à l’enlever. Il poursuit en soutenant qu’il n’a pas terrassé la mendiante mais c’est cette dernière qui est descendue d’elle-même de la chaise roulante. Selon lui, c’est une stratégie des mendiantes qui savent que c’est très difficile de les prendre sans leur chaise. Enfin, pour le coup de pied c’était, selon lui, la seule solution qu’il a trouvé dans le feu de l’action pour que la mendiante obstinée lâche la chaise roulante : simuler un coup de pied violent en sa direction.

 

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