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«Pourquoi Aya NAKAMURA ne pourrait-t-elle pas chanter Édith PIAF aux Jeux olympiques de Paris 2024 ?» par Amadou Bal BA –

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Vouloir interdire à une grande artiste noire, Aya NAKAMURA, de se produire aux Jeux olympiques de Paris du 26 juillet au 11 août 2024, uniquement en raison de ses origines ethniques, comme peut-on qualifier cette polémique odieuse de l’Extrême-droite ? Appelons un chat, un chat, c’est cas caractérisé de discrimination raciale, qui aurait pu conduire, si Aya NAKAMURA appartenait à une autre communauté à un extraordinaire tintamarre médiatique et des marches spectaculaires à la Place de la République.

Aya NAKAMURA, de son vrai nom, Aya DANIOKO, auteure-compositrice-interprète, d’origine malienne, naturalisée française, depuis 2018, a été honorée de 14 distinctions «Y’a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako !», écrit « Natifs» un groupuscule d’Extrême-droite, proche de Mohamed ZEMMOUR. Son nom a été hué au Dôme de Paris, lors d’un meeting de «Reconquête», le parti de Mohamed ZEMMOUR, dans le cadre des élections européennes. À mon sens, une prestation artistique devrait être fondée uniquement sur le talent et non l’origine ethnique, et Aya NAKAMURA semble être, en raison de ses distinctions, bien indiquée pour ce concert aux Jeux olympiques. Aya NAKAMURA fait recours largement au langage vernaculaire des jeunes de banlieue, et cela n’est pas du goût des conservateurs ou des racistes (Tatchi, Kiffer, Taffer, Meuf, Che-boula, Che-Lou, Beleck). Ce que ne savent pas des âmes bien-pensantes, c’est que depuis plus d’un siècle plus de 3 000 mots de langue arabe sont déjà repris par les Français et les chiffres sont arabes. Wallahi ! À ma connaissance, il n’y a ni vulgarité ou insulte. Je rappelle que le poète afro-américain, Paul Laurence DUNBAR, avait fait recours au langage oral des gens de sa communauté (Voir mon article, Médiapart, 25 février 2024). Bénéficiant d’une éducation très élevée, n’ayant pas pu bénéficier d’un emploi à la hauteur de ses talents, resté un liftier, pour les ascenseurs, il est mort à 33 ans, d’alcoolisme. Et pourtant, Paul Laurence DUNBAR est un poète précurseur du mouvement Harlem Renaissance, dont le chef de file est Langston HUGHES (Voir mon article, Médiapart). Curieusement, William FAULKNER (Voir mon article, Médiapart, 2 juillet 2021) du Sud des Etats-Unis, vivant avec les Noirs et ayant bien capté leurs dialectes sera primé Prix Nobel de Littérature. C’est aussi le cas de Saint-John PERSE, un Béké, né en Guadeloupe (Voir mon article, Médiapart, 10 mars 2024) faisant recours à la créolité qui sera récipiendaire, en 1960, du Prix Nobel de littérature.

Je sais qu’à chaque fois que je pose, depuis longtemps des questions dérangeantes, la sanction de Facebook tombe, sans avertissement, recours ou explication «violation des règles de la communauté». Mais de quelle communauté parlent-ils ? Mon compte est restreint ou suspendu et cela fait plusieurs années que cela dure. La liberté d’expression, sans limites, est accordée aux forces du Chaos qui se déchaînent, sans aucune honte, actuellement. Je dis, à Facebook et à la cellule de l’Elysée surveillant la toile ou à d’autres forces occultes, des polices de la pensée, que je n’irai pas à Canossa. L’intolérance décomplexée, c’est cette tendance grave, ce glissement de la France républicaine, vers un Code l’indigénat ou un contrat racial, je les dénoncerai vigoureusement. Je le ferai toujours ici et ailleurs ; personne ne pourra m’intimider : «Je ne me tairai pas. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; ce n’est pas subir la loi du mensonge triomphant», dit Jean JAURES.

Je précise que mes combats pour l’égalité réelle ne visent que les faussaires : ceux qui parlent d’une France fantasmée qui n’a jamais existé. Je rends hommage aux vrais républicains, nombreux, mais souvent silencieux. La vraie France, la Républicaine, avec son message universel, ce n’est pas le racisme institutionnel et systémique, ni l’égalité à géométrie variable. En effet, eu cœur de la République, il y a des principes fondamentaux d’égalité, de respect du droit à la vie qui sont constamment et progressivement bafoués à l’encontre du racisé, dont le corps est réifié, devenu un citoyen de seconde zone, comme un Juif de France, au temps de l’Occupation.

Et pourtant, en dépit d’une grave lepénisation des esprits, constamment dans un déni de cette réalité, la France est bien devenue un Etat multiculturel. J’arrive vers 6 h 15 à mon travail et un jour j’avais déclenché l’alarme et deux malabars arrivent et me demandent «Tu es le gardien ?». Je leur ai répondu qu’en ma qualité de DRH, il ne serait pas convenable de me tutoyer et à quoi reconnaissent-ils un gardien ? Ils se sont excusés. Incident clos, mais qui manifeste un état d’esprit, plein de préjugés. Dès que je réclame un traitement équitable des racisés, avec des droits, mais aussi des obligations, dans le respect mutuel, certains amis et républicains tièdes, me disent : «Amadou, tu exagères. Jamais le RN ne prendra le pouvoir en France ! Circulez, il n’y a rien à voir !». Il fut un temps, à moindre bavure ou injustice, on allait tous ensemble manifester à la Place République. Qui, devant ce traitement ségrégationniste dont est victime Aya NAKAMURA, s’indigne et proteste énergiquement ? Dans le passé, sous François HOLLANDE, il y avait eu l’annulation du concert Black M, programmé le 29 mai 2016, d’Alpha DIALLO, à Verdun, à la suite d’une déferlante de haine initiée par l’extrême droite, relayée par des néoconservateurs. Ce grave précédent, témoigne bien d’une victoire, avant l’heure, des idées racistes.

On est dans le cadre de cette tendance irréversible qu’a toujours défendue l’écrivain martiniquais, Edouard GLISSANT, vers une créolisation, un mélange qu’il faudrait accueillir avec joie et sérénité (Voir mon article, Médiapart, 28 février 2024). Nous sommes là, venus d’ailleurs, nous sommes aussi ce nouveau visage de la France multicolore. On ne partira pas d’ici, et autant donc bien vivre ensemble dans le respect mutuel. Or, sous l’effet de victoires électorales successives du RN, de la lâcheté d’une partie de la classe politique, et en particulier aux dernières présidentielles, une partie des ténors Les Républicains joue cette peur irrationnelle et injustifiée.

Cette grave montée des forces du Chaos, ce Code de l’indigénat qui se met en place de façon décomplexée, les racisés en porte une lourde responsabilité. Contrairement aux racisés de la première génération qui n’avaient pas la nationalité française, ceux qu’on appelle «immigrés» en France, sont des citoyens de la République. Ces «Français de papiers» comme les surnomme Valérie PECRESSE ont déserté les urnes. Cependant, le 9 juin 2024, ils ont le pouvoir avec leur carte d’électeur, de sanctionner les partis lepénisés. Il est regrettable que nos frères et amis Antillais aient voté, majoritairement, aux dernières législatives, pour le RN. Le mouvement de remise en cause du droit sol, un fait grave, même s’il est instrumentalisé par le gouvernement, est quand venu des populations d’outre-mer. Le 7 octobre 2023 l’attaque du Hamas est un fait grave, à condamner, mais le tribut lourd payé par les populations civiles palestiniennes, l’est aussi. Une vie vaut une autre, la vie de chaque individu sur cette planète est unique et irremplaçable. Le Hamas n’a pas disparu. Loin de là ; c’est devenu même un titre de gloire et plus personne n’entend parler du modéré Mahmoud ABBAS, devenu un chef délégitimé et clandestin. «De même que le feu n’était pas le feu et qu’il est impossible de sécher l’eau avec de l’eau, on ne peut pas éliminer la violence par la violence», dit Léon TOLSTOI (Voir mon article 21-8-2017).

Références bibliographiques très sélectives

BA (Amadou, Bal), «Charles Wade Mills et son livre, «Le contrat racial», Médiapart, 13 décembre 2023 ;

BA (Amadou, Bal), «Immigration, plus de répression», Médiapart, 24 septembre 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Le centenaire de la mosquée de Paris», Médiapart, 6 novembre 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Le Conseil constitutionnel censure la loi sur les étrangers», Médiapart, 25 janvier 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Le gouvernement sarkozyste et identitaire de Gabriel Attal», Médiapart, 15 janvier 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Le président Macron et son Code de l’indigénat», Médiapart, 5 février 2021 ;

BA (Amadou, Bal), «Maître Lamine Guèye, avocat des grandes causes, contre le Code de l’indigénat», Médiapart, 17 juillet 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Valérie La Meslée et son livre sur Le Diamant d’Edouard Glissant», Médiapart, 28 février 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Paul Laurence Dunbar (1872-1906), poète», Médiapart, 25 février 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Langston Hughes (1902-1967) poète réaliste», Médiapart, 12 février 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Saint-John Perse, poète de la créolité, Prix Nobel de littérature», Médiapart, 10 mars 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «William Faulkner et la question raciale», Médiapart, 2 juillet 2021.

Paris, le 12 mars 2024, par Amadou Bal BA – – http://baamadou.over-blog.fr/

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