Le 5 octobre 2017, le roi Harvey tombait bruyamment de son trône et Hollywood perdait ses lettres de noblesse. Ce lundi 24 février, l’ancien producteur a été reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol. Retour sur la scandaleuse affaire d’agressions sexuelles qui a ébranlé l’Amérique, et même mieux, a vu naître un nouvel ordre mondial.

 

Certains, cinéphiles, se souviendront de Harvey Weinstein comme du puissant producteur qui cumulait plus de 300 nominations aux Oscars. Les autres penseront au serial agresseur sexuel de Hollywood, démasqué le 5 octobre 2017 par le New York Times après avoir humilié plus de 80 femmes armé d’un peignoir immaculé et du plus gros carnet d’adresses de la Colline. Sous le même modus operandi, toujours : les recevoir dans sa chambre d’hôtel, tomber le susdit peignoir et présenter ses 130 kg de «muscles» – dans le meilleur des cas. Son procès s’est tenu à partir du lundi 6 janvier, au tribunal de Manhattan, après les accusations d’agressions sexuelles que deux femmes ont formulées à son encontre.

Sexe, palace et abus de pouvoir

«J’ai dit non, de nombreuses manières, de nombreuses fois, mais il revenait toujours à la charge», raconte l’actrice Ashley Judd, première «célébrité» à se confier au New York Times, accompagnée d’assistantes et de cadres de la Weinstein Company, la société de production des frères Weinstein. Une grenade dégoupillée est lancée sur Hollywood. Le communiqué de Harvey Weinstein s’excusant de «la façon dont (il s’est) comporté avec des collègues par le passé», arguant avoir «grandi dans les années 1960 et 1970, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différentes» n’empêche pas l’explosion. Ni les autres grenades. Le 8 octobre, Harvey Weinstein est licencié de la Weinstein Company «avec effet immédiat». Deux jours plus tard, son épouse Georgina Chapman, directrice de la maison de couture Marchesa, le quitte par voie de communiqué, mettant en cause «des actes impardonnables».

J’étais une enfant, j’avais signé, j’étais pétrifiée», livre Gwyneth Paltrow cinq jours plus tard dans une nouvelle salve du New York Times. D’autres actrices témoignent dans une enquête explosive du journaliste Ronan Farrow, fils de Woody Allen, dans le New Yorker. Asia Argento y livre son impuissance au moment où Harvey Weinstein a «brutalement» entamé un cunnilingus dans sa chambre d’hôtel – «Je disais « non, non ». C’était tordu. Un gros mec qui veut te manger». Emma de Caunes y avoue avoir été «pétrifiée» après qu’il a filé dans la salle de bains pour en ressortir nu et en érection. «Il me regardait comme si j’étais un morceau de viande», écrit Léa Seydoux dans une tribune publiée dans les colonnes du Guardian.

Parmi les dizaines de glaçants témoignages, c’est celui de l’actrice Rose McGowan (Scream, Boulevard de la mort) qui enterre le «monstre». Elle affirme avoir été «violée», avoir été payée 100.000 dollars pour se taire, l’avoir «dit et redit», accusant Ben Affleck et Matt Damon, deux poulains de Weinstein, d’être au courant des agissements du producteur. Dès lors, les question du «qui savait, qui ne savait pas, qui a laissé faire», menacent le Tout-Hollywood. Les frères Affleck sont dans l’œil du cyclone. Meryl Streep est forcée de déclarer publiquement qu’«(elle) ne savai(t) pas» après une attaque de Rose McGowan à son encontre.

« Les mecs, je dois me soigner »

Trois enquêtes s’ouvrent à New York, Los Angeles et Beverly Hills, les deux premières pour des agressions sexuelles remontant à 2004 (celle de l’actrice Lucia Evans, forcée de faire une fellation au producteur) et 2013 ; la troisième pour des «plaintes multiples». Un moment propice pour l’exil de Harvey Weinstein en Arizona, où il intègre mi-octobre 2017 le centre de désintoxication The Meadows, qualifié par la presse américaine de «spa pour traiter l’addiction sexuelle». «Les mecs, je ne vais pas très bien, mais j’essaie, dit-il furtivement à la caméra de TMZ avant de fuir Los Angeles. Je dois me soigner, les mecs. Pour une deuxième chance, j’espère.»

Un espoir déjà vain. Le 12 octobre, il est officiellement exclu de l’Académie des Oscars, sacro-sainte institution du cinéma US. «Non seulement nous prenons nos distances avec quelqu’un qui ne mérite pas le respect de ses collègues, mais nous envoyons un message pour affirmer que le temps de l’ignorance délibérée et de la complicité honteuse vis-à-vis des comportements d’agression sexuelle et du harcèlement sur le lieu de travail dans notre industrie est terminé», a-t-elle précisé. Le 15 octobre, Emmanuel Macron annonce «engager des démarches» pour retirer la Légion d’honneur à Harvey Weinstein, reçue en 2012 des mains de Nicolas Sarkozy. Les dirigeants du Festival de Cannes condamnent «un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu’une condamnation nette et sans appel». Deauville efface le nom du producteur de ses cabines de plage.

En France, le hashtag #balancetonporc naît sur Twitter, comme une référence au surnom «le porc» donné à Harvey Weinstein au Festival de Cannes. En vingt-quatre heures, rien que sur Twitter, des centaines de milliers d’occurrences sont comptabilisées. Suivent #MeToo et la libération de la parole des femmes, partout. Tous les secteurs, tous les monstres sont touchés. Début janvier 2018, le projet Time’s Up («c’est fini») est initié par 300 Américaines – dont Natalie Portman, Cate Blanchett et Meryl Streep – dans le but d’aider les femmes harcelées qui n’ont pas les moyens de se défendre. Chez nous, le manifeste des 100 femmes parue dans Le Monde réveille la guerre des féminismes. Un nouvel ordre mondial est en marche.

Un ordre dans lequel Harvey Weinstein ne trouve pas la paix. Salma Hayek et Uma Thurman prennent tardivement – mais massivement – la parole. L’actrice mexicaine déclare avoir été menacée de mort par le producteur. La muse de Tarantino le vise directement parmi les producteurs responsables de son accident de voiture sur le tournage de Kill Bill en 2002.

À l’issue du procès qui l’a reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol, lundi 24 février, Harvey Weinstein, “immédiatement placé en détention provisoire”, est sorti de la salle d’audience “menotté” et “sans son déambulateur”, rapporte CNN.

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