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Mbour: Un navire-citerne transportant de l’huile de poisson intercepté

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Des militants du Rainbow Warrior, navire de Greenpeace, ont intercepté dans la Manche un navire-citerne transportant de l’huile de poisson provenant d’Afrique de l’Ouest. Pendant ce temps, des investigations de Greenpeace Afrique révèlent de nouvelles données commerciales montrant que l’industrie de la farine et de l’huile de poisson s’est développée à un rythme alarmant dans la région pendant la pandémie de Covid-19.
«Il s’agit de grandes entreprises qui dépouillent nos océans et privent nos communautés de pêcheurs et de femmes transformatrices de poissons de leurs moyens de subsistance. Les avis scientifiques sont clairs, il sera bientôt trop tard. Ces entreprises doivent arrêter maintenant », a fustigé le Dr Aliou Ba, responsable de la campagne Océans pour Greenpeace Afrique. Greenpeace demande aux importateurs et aux gouvernements de la région d’agir pour mettre fin à ce commerce nuisible.
En effet, chaque année, plus d’un demi-million de tonnes de poissons sont pêchés dans les eaux d’Afrique de l’Ouest pour être transformés en farine et en huile de poisson afin de nourrir les poissons d’élevage, le bétail et les animaux domestiques en Asie et en Europe, selon un précédent rapport de Greenpeace Afrique et Changing Markets. Cette quantité de poisson suffirait à nourrir 33 millions de personnes dans une région sujette à une importante insécurité alimentaire, et où les prix du poisson ont grimpé en flèche dans de nombreuses localités, alors que les populations de poissons sont en chute libre, selon le même rapport.
Les chiffres publiés par Greenpeace Afrique indiquent que pour la seule Mauritanie, les exportations de farine de poisson ont augmenté de 16% en 2020, et que les exportations d’huile de poisson vers l’Union européenne ont quant à elles augmenté de 6% la même année.
Le même jour, des femmes ont organisé une manifestation sur le site de transformation artisanale de poisson de Mballing à Mbour, pour la faire coïncider avec l’interception du Key Sund par Greenpeace.
«Le poisson qu’ils ont utilisé pour produire cette huile devrait être acheté et vendu sur les marchés locaux », a déclaré Fatou Samba, présidente de l’association des femmes transformatrices de poisson, de Bargny, au Sénégal. «Il pourrait créer des emplois et nourrir les gens dans ma communauté, ou n’importe où en Afrique de l’Ouest. Mais au lieu de cela, il sera utilisé pour nourrir les poissons d’élevage et les animaux en Europe. Il faut que cela cesse, avant que cette source vitale de nourriture et d’emplois ne soit détruite », s’est-elle offusquée.
Soixante-dix pour cent de l’huile de poisson est utilisée pour l’aquaculture, et le secteur européen de cette filière est dominé par quatre grandes entreprises d’alimentation aquacole : BioMar au Danemark, EWOS/Cargill, Mowi et Skretting en Norvège. Selon Greenpeace Afrique, ces sociétés se sont approvisionnées en farine et en huile de poisson de Mauritanie ces dernières années pour produire des aliments destinés aux saumons d’élevage.
Les scientifiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ont souligné «l’urgence de prendre des mesures fortes » pour réduire la quantité de poissons pêchés dans la région, où l’industrie de la farine et de l’huile de poisson menace la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes.
Greenpeace demande aux importateurs de farine et d’huile de poisson, dont EWOS/Cargill, Mowi, Skretting et BioMar, de cesser de s’approvisionner en Afrique de l’Ouest. En outre, les représentants des communautés locales demandent aux gouvernements de la région d’interdire l’utilisation de poissons propres à la consommation humaine pour la production d’alimentation animale, et de mettre en place une gestion régionale efficace des ressources en petits poissons pélagiques. Greenpeace fait également campagne en faveur d’un traité mondial sur les océans qui permettrait la création de vastes sanctuaires exempts de toute activité humaine nuisible, sur plus d’un tiers des océans de la planète d’ici 2030.
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