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«Marie N’DIAYE, une Sénégauloise, l’inclassable Prix Femina et Prix Goncourt, dans sa radicalité littéraire entre étrangeté, réalisme et fantastique» par Amadou Bal BA –

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Prix Femina, en 2001, pour son roman «Rosie Carpe», un prix fondé en 1904 par des collaboratrices de la «Vie heureuse», Marie N’DIAYE fuit la lumière. «Heureuse récipiendaire du prix Fémina, Marie Ndiaye est sereine. Son discours de réception laisse seulement percer le regret de ne pas avoir pu partager avec Jérôme Lindon, récemment décédé, qui dirigeait les éditions de Minuit, la joie d’avoir été désignée pour l’attribution de cette distinction. Marie Ndiaye est aussi discrète. L’écriture de son œuvre, qui compte à ce jour huit romans, ne s’accompagne pas d’une intense présence sur la scène publique et médiatique», écrit Véronique BONNET, dans Africultures. Prix Goncourt, en 2009, pour «Trois femmes puissantes», d’une beauté hiératique, l’écrivaine la plus douée de sa génération, la Sénégauloise Marie N’DIAYE s’impose comme l’une des voix les plus puissantes et les plus originales de la littérature française contemporaine. «N’Diaye est la première femme lauréate du Goncourt. Nous avons récompensé une œuvre, un univers littéraire, une belle écriture et une exigence. Marie Ndiaye est le parfait exemple d’un métissage réussi, avec un père sénégalais et une mère beauceronne, cela donne d’excellents écrivains. Ce prix Goncourt aura aussi mis fin à un tabou», dit Tahar BEN JELLOUN, membre du jury. En 2009, et en sept cents ans d’existence, le Goncourt n’avait récompensé que dix femmes, dont notre Marie N’DIAYE. «Ce fut un score net et sans appel. Seuls huit jurés sur dix ont voté. Les débats ont été vifs et animés avant le scrutin et la surprise est venue de ce résultat si net. Ce prix Goncourt aura aussi mis fin à un tabou. Pour la première fois depuis 1904, une lauréate du prix Femina, Marie N’Diaye l’avait reçu en 2001 pour «Rosie Carpe», se voit attribuer le prix Goncourt. Ce qui ouvre des horizons», écrit Alain BEUVE-MERRY. En effet, Marie N’DIAYE a remporté, en 2009, le Goncourt à l’unanimité. «Ce choix très littéraire. Marie NDiaye a une forme d’écriture qui n’appartient qu’à elle. Nous avons récompensé une œuvre, un univers littéraire, une belle écriture et une exigence», dit Françoise CHANDERNAGOR. Cependant, il est curieux de constater, en raison de la radicalité et de l’originalité de sa contribution littéraire, Marie N’DIAYE est largement invisibilisée. En effet, quand on évoque, le Prix Goncourt, ce qui vient à l’esprit, ce sont les noms de René MARAN (Voir mon article, Médiapart, 14 décembre 2021) et Mohamed M’Bougar SARR (Voir mes articles, Médiapart, 28 octobre 2021, pour le Prix et sa réception, 7 novembre 2021).

Comment écrire et conserver un succès littéraire dans un pays à majorité blanche et dans lequel les racisés ne sont pas des soutiens à la vente des livres ? La société française étant dans le déni de son passé colonial, vautrée dans la certitude et l’infaillibilité de son universalisme, Marie N’DIAYE a choisi d’enjamber et de dépasser ces questions raciales et de pouvoir, du moins elle les a traitées à sa façon ; ni Noire, ni métisse, Marie N’DIAYE, pratiquant des «dérapages contrôlés» suivant Dominique RABATE, a décidé de n’habiter qu’en littérature ; elle n’a pas de couleur, elle est une femme qui écrit : «Si Marie NDiaye s’intéresse, même discrètement, aux questions sociales et raciales au sein de son œuvre romanesque, elle cherche aussi indéniablement à les dépasser. La question identitaire nous conduit ainsi bien au-delà d’une quelconque interrogation d’ordre social et l’étrangeté permet in fine un questionnement sur l’individu, sur son rapport aux autres et à lui-même. Les romans suggèrent dès lors la difficulté à se construire une identité authentique et libre. Tout le problème du rapport à autrui chez Marie NDiaye tient effectivement à une «transformation» des êtres. La conséquence directe de cette modification du rapport à l’autre est une modification du rapport à soi, tant altérité et identité sont liées et fonctionnent de concert. La «transformation» de soi est signifiée physiquement. Dans ces conditions, c’est bien en romancière, au sens large du terme, que Marie NDiaye questionne identité et altérité de l’être, rapport à soi et rapport aux autres c’est par le recours à la stratégie esthétique de l’étrange, qui contourne et remplace toute nomination directe, toute mention explicite, que la romancière évite une lecture exclusivement sociale ou raciale pour en proposer une qui soit plus universalisme», dit Clarissa BEHAR, dans «Écrire en pays à majorité blanche». En raison de cette crise profonde des valeurs républicaines, refusant d’entrer dans la marginalisation, aucune littérature n’est totalement indépendante et libre par rapport aux contraintes extérieures, notamment les lois du marché, Marie N’DIAYE, pour sa survie et son rayonnement, a développé une esthétique littéraire originale, par rapport à l’ethnocentrisme dominant, une égalité républicaine de façade. «Marie NDiaye a appliqué une stratégie littéraire qui répondait parfaitement à l’exigence d’assimilation aux codes littéraires en vigueur tout en se frayant la voie à la consécration par le biais du bouleversement requis et nécessaire des codes esthétique. c’est la littérarisation de sujets dédaignés par les lettres françaises tels que l’altérisation, voire la minorisation comme techniques d’exclusion sociale quasi invisibles, une littérarisation qui consiste à aborder ces sujets à mots couverts et à travers le formalisme esthétique exalté par la tradition littéraire française postmoderne, qui explique le succès de la stratégie littéraire ndiayïenne à l’époque du républicanisme», écrit Sarah BURNAUTZKI dans «Le jeu de visibilité et d’invisibilité de la production de Marie N’Diaye, à la lumière de la crise du républicanisme». En fait, Marie N’DIAYE refuse ces tentatives malveillantes de renvoyer, systématiquement, certaines personnes racisées à leurs origines ethniques, pour mieux les marginaliser et les rendre donc inaudibles. «Aucune définition de ce que je suis censée être ne peut me venir à l’esprit. En revanche, j’entends de plus en plus d’injonctions de se définir (en tant que Noire ou métisse, métisse en France, etc.). Se définir, c’est se réduire, se résumer à des critères, et par le fait entériner ce que d’autres seraient ou ne seraient pas», dit-elle au Nouvel Observateur. Être écrivaine, c’est traverser les frontières ethniques, gravir la montagne raciale, pour atteindre tous les lecteurs du monde entier. «Écrire implique souvent qu’on oublie sa nationalité, son sexe, sa couleur de peau, son âge, qu’on devienne un être immatériel capable de pénétrer l’esprit de n’importe quel personnage», dit Marie N’DIAYE.

Le roman primé, triomphalement, «Trois femmes puissantes», a pour scène, le Sénégal. «Rarement un Prix Goncourt n’aura aussi peu souffert de contestation. Succès littéraire surprise de la rentrée littéraire, avec 140 000 exemplaires déjà vendus malgré la complexité de l’écriture, «Trois femmes puissantes» raconte, comme son titre l’indique, le destin de trois femmes, Norah, Fanta et Khady, qui luttent contre un destin contraire pour mieux épouser la vie. Deux des trois récits se déroulent au Sénégal, pays dont est originaire le père de la romancière», écrit Yannick VELY, dans Paris-Match. Et pourtant, Marie N’DIAYE se déclare, de par sa culture, exclusivement française. «À l’étranger, je ressens très fortement mon appartenance complète, amoureuse, à la culture française, aux paysages français. Je le ressens dans l’absence de la France, sans nostalgie, mais avec une sorte d’attendrissement au souvenir de tout ce que j’aime en France et qui m’a formé essentiellement. Je ne me sens ni cosmopolite, ni d’une double culture, je peux honnêtement déclaré que ce je j’écris est inspiré en partie par l’Afrique, mais il y aurait de ma part une fourberie, un odieux opportunisme à revendiquer comme mienne la culture africaine ; il me semble avoir atteint maintenant, en quelque sorte, la maturité nécessaire pour le déclarer sans embarras, sans crainte de trahir quoi que ce soit, de passer pour une Africaine “honteuse” : je suis exclusivement française», écrit Marie N’DIAYE, en 1997, dans sa préface, «Un voyage» d’un livre «Tombeau du cœur de François II».
La recherche littéraire n’a pas tardé à interroger les univers insolites de ses romans, de ses pièces de théâtre et de ses nouvelles qui semblent défier toute tentative de classification générique, «une poétique du flou» suivant Cornelia RUHE. Dans un verbe qui impressionne, une noblesse d’expression, un style à la limite de l’ampoulé, d’un niveau élevé, avec une certaine noirceur, les thèmes qui structurent la contribution littéraire de Marie N’DIAYE sont notamment, l’étrangeté, la famille, le motif de la maison, la migration, l’errance, les pouvoirs, la relation entre dominants et vaincus, les limites de la parole, l’éthique, la souffrance, l’espérance, l’hybridité, l’altérité, la solitude, la création, le jugement. «Depuis vingt-cinq ans, Marie NDiaye écrit des romans qui se tiennent à la frontière entre le réalisme et le fantastique. Des livres empreints d’inquiétante étrangeté, profonds, agissants, laconiques, envoûtants, tissés d’incertitude et de fantaisie grave, d’ironie et d’effroi, où le réel et le merveilleux s’interpénètrent», écrit Nathalie CROM, de Télérama. Dans sa radicalité, le réalisme de Marie N’DIAYE agit en correcteur des formes préétablies, qui suggèrent une cohérence que la réalité n’offre pas. Entre étrangeté et singularité, le lecteur perdant parfois ses repères, l’autrice refuse la parenté avec les canons traditionnels littéraires et renonce à s’intégrer dans une grande et heureuse «famille» littéraire. «Ni les genres littéraires, ni l’expectative du public, ni les lois du marché (littéraire) ne l’intéressent. Son parcours est tout à elle. Si l’on avait à caractériser l’œuvre de Marie NDiaye, la seule règle à laquelle elle se conforme est celle de la rupture délibérée avec les attentes, celle du refus de toute règle», écrivent Daniel BENGSCH et Cornelia RUHE. L’exceptionnelle qualité de l’expression écrite de Marie NDIAYE se caractérise par une limpidité et elle est souvent irriguée par des émotions profondément douloureuses ou indicibles. Ses femmes sont fragiles socialement, mais très fortes humainement. En effet, ses personnages évoluent dans un monde de trahisons et d’humiliations obscènement occasionnelles, dans un environnement de structures sociales et familiales, de cruauté, de complicité et de férocité. Les héroïnes et les héros de NDIAYE, remplis par un désespoir, ni victimes innocentes, ni principaux auteurs de complots ourdis, oscillant généralement entre des positions de faiblesse et de force relatives, aspirent pourtant à la quiétude et la normalité. Cependant les personnages de Marie N’DIAYE sont aptes à transmutations mentales, émotionnelles et physiques les plus fantastiques pour pouvoir changer d’univers.
Comme dans le monde de Franz KAFKA (Voir mon article, Médiapart, 17 mai 2024) qui l’a sans nul doute influencée, s’exprimant pas un style hermétique, difficile d’accès, par ellipses, le fantastique traverse la contribution littéraire de Marie N’DIAYE. En effet, Marie NDIAYE, atypique, n’appartient à aucune catégorie littéraire, et ne revendique aucune filiation, si ce n’est pour son goût de l’étrangeté ou la magie qui s’insinue dans ses ouvrages. «J’ai toujours voulu écrire une littérature qui se situe à la fois dans la trivialité de la vie et dans un au-delà, une dimension qui transcende cette trivialité de chaque jour. Et cette manière de surpasser la trivialité, je la trouve dans le merveilleux. Mais à présent, je me sens davantage capable de mêler une moindre dimension de merveilleux à la réalité très concrète, sans que cela m’apparaisse trop banal. Quand j’étais plus jeune, je craignais beaucoup la banalité. Aujourd’hui, je me sens capable d’écrire de manière plus simple. J’aime bien l’idée qu’un livre soit lisible à plusieurs niveaux, par toutes sortes de gens très différents. Lisible même au niveau le plus linéaire qui soit. Ce qui suppose qu’il y ait sur la langue un travail certes exigeant, mais pas rebutant», dit-elle à Télérama. Par conséquent, le merveilleux est donc bien présent dans sa contribution littéraire. «Sans doute. De toute façon, quand j’étais très jeune, j’aurais été incapable d’écrire de manière simple, parce que mes références, mes modèles étaient Proust et Henry James, et j’étais trop immature encore pour m’en dégager et trouver ma voix propre. De plus, j’avais vraiment peur de la simplicité. Alors qu’avec l’expérience cela me semble non seulement possible, mais même souhaitable. Et puis, je n’éprouve plus le besoin de montrer que je maîtrise la langue au point que je peux jouer avec elle de mille façons. Je me rends compte également que, même si c’était très dissimulé et inconscient de ma part, le recours à un certain genre de merveilleux me permettait parfois de me dépêtrer d’une situation romanesque dans laquelle j’étais emmêlée et dont je ne parvenais pas à me sortir. L’intervention du merveilleux était alors une aide, voire, je le mesure à présent, une facilité. Maintenant, j’essaie de m’aider aussi peu que possible du recours à la magie et de ne la faire intervenir que quand je le juge vraiment nécessaire. Je ne veux plus que ce soit une ficelle», dit-elle à Télérama.
Marie N’DIAYE est née le 4 juin 1967 in Pithiviers dans le Loiret. Sa mère, une Française, est Simone ROUSSEAU, professeure de Sciences naturelles. Son père, Tidiane N’DIAYE, est un Sénégalais ; le couple se sépare très tôt et le père rentre au Sénégal. Marie vivant dans la proche banlieue parisienne, qui passe ses vacances dans la Beauce, ne connaît très peu le Sénégal. «J’y ai fait un premier voyage relativement tard, vers l’âge de 20 ans, à la fin des années 80 donc, et un second il y a trois ans avec la cinéaste Claire Denis avec qui je collaborais à un scénario. C’est très peu. De ce fait, ma relation à l’Afrique est un peu rêvée, abstraite, au sens où l’Afrique, dans ma tête, est plus un songe qu’une réalité. En même temps, je suis attirée, incontestablement, mais de manière contradictoire, parce que j’aurais pu sans peine faire des voyages plus fréquents là-bas. Mais il y a peut-être de ma part une sorte de crainte, je ne sais pas précisément de quoi», dit-elle à Télérama. Marie va donc vivre avec sa mère et son grand frère, Pap N’DIAYE, un enseignant, un sociologue, Directeur du Musée de l’immigration, ministre de l’Éducation nationale et maintenant Ambassadeur de France à l’Union européenne. Durant son enfance, avec sa mère devenue seule, cet environnement familial, rare pour l’époque, fait inconsciemment de Marie très sociable une enfant différente, «décalée» qui lui donne l’envie d’écrire «Cette question est fatalement liée pour moi à l’enfance. Je me revois très bien (et c’est aussi précis et coloré dans mon souvenir que certaines scènes de films), petite fille, accoudée à la fenêtre ouverte de ma chambre un après-midi d’été et regardant aller et venir sur le parking les habitants de la cité de Fresnes où je vivais alors. Je sens encore l’odeur pas désagréable du goudron fondu au soleil, des pneus brûlants, et je ressens comme je le ressentais la ferveur particulière qui animait les voix, les gestes, parce que c’était l’été et qu’il faisait si chaud, toute cette gaieté un peu inquiète, nerveuse», dit-elle au Nouvel Observateur. Dès l’âge de 12 ans, Marie a déjà une grande ambition littéraire : «J’espérais qu’elle me sauve de la vie réelle et ordinaire qui me semblait terrifiante. Qu’elle fasse de moi quelqu’un de spécial, d’unique même. J’avais l’impression, enfant, d’être invisible. J’espérais, sans que cela soit conscient, que l’écriture me rendrait visible et me protégerait en même temps», dit-elle. Aussi, la jeune Marie se passionne rapidement pour la lecture, notamment de Marcel PROUST (1871-1922 voir mon article, Médiapart, 18 novembre 1922), Henry JAMES (1843-196) ou Joyce Carol OATES, née le 16 juin 1938, à Lockport (État de New York). Son œuvre qu’elle qualifie «de jeunesse» est cependant empreinte de longues phrases travaillées à l’envi, parfaites de classicisme. Ce style devient paroxystique, ces phrases difficiles et élitistes ont cependant été abandonnées : «Je craignais beaucoup la banalité. Aujourd’hui, je me sens capable d’écrire de manière plus simple», dit Marie N’DIAYE.
Marie a beaucoup écrit dans sa tendre enfance, sans jamais oser le publier : «Je n’ai jamais eu le désir d’être écrivain, je ne me suis jamais posé la question en ces termes. Ce que je voulais c’était écrire, faire des livres abondamment comme ceux que je lisais. Mais être écrivain avec ce que cela implique, être lue, être reconnue, ne m’a jamais traversé l’esprit», dit-elle à France Culture. Cependant, à l’âge de 17 ans, elle fait le grand saut, et envoie son manuscrit en 1985, à trois éditeurs. Jérôme LINDON, des éditions de Minuit, accepte de publier «Quant au riche avenir». L’écrivain Jean-Yves CENDREY, bouleversé par ce premier roman, racontant les souffrances d’un lycéen vivant une histoire d’amour impossible, écrit à Marie. Ils se rencontrent alors et ne se quittent plus. Le couple publiera ensemble, en 2007, une pièce de théâtre «Puzzle», chez Gallimard. Pendant ses études, Marie NDIAYE avait obtenu une bourse pour étudier à la villa Médicis, à Rome ; depuis, le couple ne cesse de déménager de Paris à La Rochelle, de la Normandie au Bordelais. Marie N’DIAYE et son mari, l’écrivain Jean-Yves CENDREY sont actuellement installés à Berlin. Le couple a trois enfants, Laurène, Silvère et Romanic, à qui sont dédiés, le roman, «Trois femmes puissantes», Prix Goncourt de 2009. «L’envie de partir était ancienne chez Jean-Yves et moi, et l’élément déclencheur a été certainement les dernières élections présidentielles. Nous n’avions plus du tout envie d’être là, dans cette France qui venait d’élire Sarkozy. J’ai vraiment l’impression maintenant que Berlin est devenue ma ville, c’est à elle que je pense lorsque je dis : rentrer à la maison, et de plus en plus à mesure que j’apprends la langue et que des pans entiers de connaissance se dévoilent peu à peu, à travers la lecture, encore difficile cependant, de la presse, des affiches, de toutes les phrases qu’on rencontre dans une ville. Je me sens profondément bien à Berlin», dit Marie N’DIAYE.

En définitive, Marie N’DIAYE a écrit des romans, des pièces de théâtre, des nouvelles, un scénario de film et un petit nombre de livres pour enfants. Les romans de Marie NDIAYE, où la recherche de l’autre et la quête identitaire tiennent une place prépondérante, sont marqués par un sens aigu du dérisoire. On a parfois tenté, au nom de son origine paternelle, de la rattacher au mouvement de la négritude, mais elle a toujours refusé toute appartenance aux littératures africaines. L’univers de Marie NDIAYE est représentatif de préoccupations contemporaines – l’altérité, la famille, le vieillissement. Outre l’étrangeté et le merveilleux, l’humour, forme suprême de la cruauté, est manié comme une distanciation.

I – Marie N’DIAYE et ses Trois femmes puissantes, prisme colonial et migration

«Trois femmes puissantes», Prix Goncourt de 2009, est trois récits distincts incarnés par trois femmes qui se redressent dans les situations les plus sombres. Chacune des femmes se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. C’est donc un roman fracturé, entravé, à l’image des vies qui y sont déployées, qui ont toutes connu une fracture béante, des corps genrés, mais aussi des blessures qui ne guérissent pas, comme l’incontinence urinaire de Norah «Une chaleur humide glissait sur ses cuisses, s’insinuait entre ses fesses et la chaise. Elle toucha vivement sa robe. Désespérée, elle essuya ses doigts mouillés sur sa serviette», écrit Marie N’DIAYE.

Le premier personnage, Norah, son père a déserté le foyer familial quand elle était enfant, en emmenant avec lui Sony, son fils âgé alors de cinq ans. Norah, censée avoir réussi dans la vie, devenue avocate à Paris, est mariée à Jakob, qui a une fille, Grete, un couple recomposé. Cependant, un jour, son père demande à Norah, de venir au Sénégal, «car j’ai à te parler de choses importantes et graves», dit-il à sa fille. Norah débarque à Dara Salam, au Sénégal, là où habite le père, devenu «un vieil oiseau épais, à la volée malhabile et aux fortes émanations», qui, la nuit, dort perché dans les branches d’un flamboyant. A Dara Salam, il a fondé un village de vacances. Sony, devenu un être lisse, introverti, coupé du monde et de ses réalités, est «un démon s’était assis sur le ventre du garçon et ne l’avait plus quitté». A Londres, Sony avait fait de brillantes études avant de tomber amoureux de sa jeune belle-mère et d’être accusé de l’avoir tué. Par conséquent, le père à Norah, lui demande de défendre son fils, Sony, devant les tribunaux ; il est accusé d’un meurtre. Par conséquent, à travers Norah, on découvre le devenir d’êtres brisés par l’explosion de leur univers familial. Les personnages flottent. Il n’y a rien chez eux de stable, sur le plan identitaire. L’histoire de Norah et de son père met en relief les complications dues au passé colonial qui lie le Sénégal à la France. La robe la fleur de Norah semble symboliquement représenter la description de la colonie faite par le colonisateur.

Le deuxième personnage est Fanta, une enseignante, mariée, il y a de cela quelques années, à Dakar, avec Rudy Descas un brillant professeur de lettres au lycée Jean Mermoz de Dakar. On découvre par la suite qu’à l’âge de son fils Djibril, Rudy aurait assisté à l’assassinat par son père Abel de son associé Salif, à Dar Salam, en lui roulant dessus avec un 4×4. Rudy, s’étant battu avec un de ses élèves, est révoqué de ses fonctions. Aussi, le couple quitte le Sénégal s’installer dans le Bordelais, avec leur fils, Djibril, âgé de sept ans. Rudy, vendeur de cuisinières, redoute «d’avoir enfermé Fanta dans une prison lugubre et froide», écrit Marie N’DIAYE. En raison de dissensions, le couple bat de l’aile, des dissensions affectives et des difficultés relationnelles au travail, des altercations. Dans ce monde clos, Rudy voue une haine larvée à Manille son employeur, ex-copain d’enfance et amant supposé de sa femme Fanta. Son esprit est en proie à une valse d’interrogations et de doutes. L’histoire de Rudy et de Fanta représente les difficultés entre colonisateur et colonisé, non plus sur la terre africaine, mais sur le sol européen. Le racisme et les positionnements hiérarchiques issus de la colonisation marquent la partie.

Le deuxième personnage, Khady Demba, une cousine de Fanta, une jeune femme de 25 ans, sans enfant, à la mort de son mari qui tenait un bar, dans un quartier populaire de la capitale, la Médina, sa belle-mère la chasse de la maison «lui donne une bourrade dans les reins. Prépare tes affaires». Devenue candidate à l’immigration pour conquérir «la forteresse» de l’Europe, Khady, à la première tentative, par la mer, peu rassurée par le passeur, se jette à l’eau et regagne le rivage. Khady décide alors de prendre un camion et entame la traversée du désert. Ses maigres ressources ayant volé, Khady se prostitue. Devenue un lambeau humain, devant la décomposition mentale et les humiliations, Khady n’a pas pour autant perdu sa fierté et sa dignité, et chante pour se donner du courage, «C’est ce que je suis, moi, Khady Demba !». Un mécanisme de la décomposition mentale des humiliés, des vaincus. «L’histoire de Khady Demba surtout exemplifie une errance contemporaine migratoire bien réaliste, brutalement tragique, et c’est son histoire à elle qui, bien qu’elle soit la dernière, donne le ton, servant de clé de voûte à l’ensemble» écrit Andrew ASIBONG.

À son tour, elle élève sa fille sans soutien, avec rigueur et amour. Le récit commence quand elle revient dans son pays natal, en Afrique, à la demande de son père. Celui-ci, «implacable et terrible», a emporté son fils Sony alors âgé de 5 ans quand il est revenu en Afrique. Norah retrouve sa puissance face à un père autoritaire jusqu’à la tyrannie. Mais un père déchu. Elle se retrouve aussi vis-à-vis de son compagnon. Un homme faible, au comportement enfantin. Prendra-t-il soin de sa fille quand elle se retrouve en Afrique près de son père ? Fanta, la seconde «femme puissante», n’apparait pas dans le récit. Son contour se dessine «en creux», dans l’esprit de l’homme avec lequel elle vit. Un homme qui s’abîme dans sa propre histoire douloureuse. Qui l’a précipitée dans une régression personnelle, sociale, culturelle. Elle résiste dans ce couple qui tangue. Sa puissance ? C’est sa capacité à exercer son retrait. A se mettre hors d’atteinte du malheur qui anéantit son homme. A protéger ainsi leur fils, Djibril. Enfin, Khadi Demba est renvoyée de la famille de son mari après sa mort. Elle n’a pas «réussi» à avoir un enfant avec lui. Elle est chassée avec pour «mission» d’émigrer vers l’Europe, pour rejoindre Fanta, d’où elle devra envoyer de l’argent. Khady, reléguée au rang de domestique à la famille, confinée à la maison, qui a vécu cloitrée dans cette famille, sans existence pour les autres, se retrouve dans le monde, comme un escargot sans sa coquille. Mais elle découvre la force de son corps, sa puissance occultée et le plaisir d’apprendre pour comprendre le monde. Elle va subir les pires atrocités lors de sa traversée du Sahara. Pour se heurter à la barrière de fer, au rideau de fer, qui protège l’Europe.

L’histoire de Khady Demba, en proie à la souffrance sourde, à une blessure d’un double deuil, celui de son mari et celui de l’enfant qu’elle n’a pas pu concevoir, finalement, met, d’une part, le doigt sur les réalités de la migration entre les anciennes colonies et la France à l’échelle mondiale : l’abus économique et sexuel que rencontrent les migrants et la séparation de l’Europe et le reste du monde par un grillage. Bien qu’elle soit rejetée par sa belle-famille, réduite à la prostitution, malade, blessée et affamée, Khady montrant une conscience de soi à travers toute l’histoire, dans sa grande dignité, reste inaccessible au sentiment d’humiliation. D’autre part, les belles-sœurs de Khady a sont vêtues de jupes dont le tissu représente «des serpents se mordant la queue, gris sur fond jaune, et les gais visages féminins, bruns sur fond rouge, surmontant l’inscription Année de la Femme africaine serpents et visages multipliés par dizaine, monstrueusement écrasés là où le tissu plissait», écrit Marie N’DIAYE. Khady Demba, une force féminine paradoxale, incarne et dénie à la fois l’émancipation de la femme sénégalaise, à travers cette ronde des «mauvais esprits», mais cette sourde menace d’un pouvoir maléfique. Finalement, dans ce roman de l’errance et de l’ostracisme, un milieu familial hostile aux femmes réduites à la servitude et conscientes de leur déchéance, on savait déjà que Khady Demba sera expulsée de la maison, et finira par mourir. Le départ de Khady Demba, rejetant la honte, une force contaminatrice, face à un pouvoir déshumanisant, dans la recherche de son identité, de son autonomie et l’acceptation de soi, avec une certaine fierté «n’a rien à voir avec une recherche d’origines perdues et il ne s’agit nullement d’un retour vers elles. Marie NDiaye propose, dans tout ce qu’elle écrit, une interrogation éthique sur les problèmes de l’ouverture à l’autre, de l’hospitalité dans son sens le plus large et de l’empathie. L’histoire de Khady Demba est celle qui est la plus dense en oiseaux et en points de fusion entre oiseau et être humain. Ce premier contact avec l’oiseau semble donc représenter un éveil. La véritable puissance de Khady Demba, pourtant, est dans le rapport très particulier qui s’établit entre elle et le lecteur. C’est au lecteur d’entendre Khady Demba, de tenir compte de ses souffrances et de se poser la question suivante : dans les chaînes de responsabilité et d’interdépendance qui nous relient les uns aux autres, aux dépens de qui atteignons-nous notre confort ?», écrit Andrew ASIBONG.

II – Marie N’DIAYE et son roman Rosie Carpe

«Rosie Carpe», Prix Fémina 2001, relate l’histoire d’une femme en miettes. Une femme qui doute de sa propre existence, tant ses parents l’ont peu considérée comme être vivant, comme personne humaine. Une vie recluse sur une famille muette. Pas de contact avec l’extérieur. Pas de relations au sein de la «famille». La seule ouverture affective, c’est son frère, Lazare. Le roman s’ouvre sur une arrivée de l’héroïne et son fils Titi, jeune garçon maladif, débarquent en Guadeloupe où le frère de Rosie, Lazare, ne les attend pas. C’est un jeune homme antillais et noir, Lagrand, qui vient recueillir l’enfant et sa mère pour les conduire auprès des personnages de la famille Carpe, tous déjà installés dans l’univers insulaire. Cette scène n’est en fait que le deuxième départ. Le lieu de l’origine n’est pas Paris et sa banlieue, que quittent l’enfant et sa mère pour traverser les eaux, mais la petite ville de Brive-la-Gaillarde. Dans cette ville a longtemps résidé toute la famille Carpe avant que le noyau familial ne se décompose pour éclater en différents atomes qui poursuivent, tant bien que mal, leur errance en France métropolitaine et dans son prolongement administratif insulaire : la Guadeloupe.

La vie de Rosie Carpe commence à Brive-la-Gaillarde, entre son frère Lazare et ses deux parents Carpe qui sont encore, alors, dépourvus de toute espèce de fantaisie vénéneuse. Rosie conservera de Brive un souvenir confus et voilé de jaune, tandis que, pour son frère Lazare, le bonheur à Brive-la-Gaillarde gardera les couleurs d’un magnolia dont il est le seul à se rappeler la splendeur. Brive-la-Gaillarde, lieu de l’origine peu décrit, a néanmoins une charge symbolique très forte. Brive est une synecdoque qui renvoie, tout au long du texte, aux parents Carpe. Au-delà du lieu, Brive désigne le noyau familial de l’origine, littéralement «le ventre des Carpe». Périphrase et synecdoque se font ainsi écho. De ce ventre chaud et mou qui a toutes les caractéristiques du noyau ethnique chaleureux et clos vont devoir s’extirper les deux enfants Carpe.
À l’instar de nombreux personnages du roman français du XIXème siècle, Rosie et Lazare «montent» à Paris en quête d’une hypothétique réussite. La réussite escomptée, dans cette France de la fin du vingtième siècle, est ici universitaire. L’identité tribale, celle héritée de Brive, bloque assurément tout processus d’insertion dans la bonne société parisienne. Rosie et son frère quittent Brive-la-Gaillarde pour venir à Paris faire des études. Elle rate sa première année, et son frère disparait. Les parents coupent alors les vivres. Elle a 20 ans. Rosie se retrouve seule. Elle cherche du travail et devient cuisinière dans un hôtel triste à la Croix de Berny. Un nœud routier qui relie en croix Sud et Nord, Est et Ouest dans la banlieue Sud de Paris. Bruyant, sale, morne, impersonnel. Max, le sous-gérant de l’hôtel, met la main sur elle, dès le début. Elle n’aime pas cet homme, mais au moins, Max lui a donné l’impression qu’elle existe. Une étrange relation se noue entre Rosie et le sous-gérant, marié par ailleurs. Bienveillant et distant à la fois. Celui-ci monte un coup de pornographie avec une femme qui vient filmer leurs ébats. Rosie est confuse, désespérée et de ne pas savoir s’opposer à ce qu’elle comprend comme un viol. Et aussi comme un vol, car elle ne verra jamais l’argent que Max gagne avec ce trafic minable d’images. Rosie se retrouve enceinte.
Les parents quittent Brive-la-Gaillarde et s’établissent à Antony, à faible distance de Rosie. Mais ils ne lui font aucun signe et ignorent son enfant. Ils ont accueilli Lazare qui passe ses journées à dormir et ses nuits à trainer. Rosie finit par sombrer dans l’alcool et décide de rejoindre Lazare en Guadeloupe.
Finalement, dans une écriture percutante, hypnotique, poétique, truffée d’intrigues multiples et de péripéties qui lui donnent une modernité et une qualité romanesques, Marie N’DIAYE nous conte une histoire touchante d’une Rosie, d’une famille glauque, qui voudrait tant s’en sortir dans la vie ; mais c’est comme si une espèce de ciel d’airain se posait sur sa tête, et qui la condamnait à un éternel recommencement. Rosie veut sa vie en main, mais c’est une fille engluée dans un sentiment d’insignifiance, une femme naïve, mal aimée et étrangère à ses parents, détruite par l’indifférence d’une cellule parentale irresponsable. «Les rapports familiaux tels qu’ils sont dépeints dans l’œuvre littéraire et théâtrale de Marie NDiaye sont, pour la plupart, fantastiquement mortifères. La famille est un organisme qui finit très souvent par anéantir le protagoniste ndiayïen, le détruisant petit à petit, à travers d’inquiétantes formes d’exclusion, d’abandon, de rejet, de torture ou de trahison. Pères, frères, soeurs et (surtout) mères s’insèrent insidieusement dans l’esprit auto-flagellant des héroïnes et des héros de NDiaye, mais ils refusent d’y rester tranquillement», écrit Andrew ASIBONG. Par conséquent, Rosie Carpe est un roman âpre sur la culpabilité où des enfants se détruisent en raison de l’indifférence. Dans une démarche digne de William FAULKNER (Voir mon article, Médiapart, 2 juin 2021), Marie N’DIAYE pointe lumière la difficulté à nommer, et à transformer, les rapports de force qui structurent les relations sociales, au sein d’une communauté toujours marquée par la domination blanche et masculine. L’autrice n’est ni dans la dénonciation ou la révolte, mais décrit, de façon minutieuse un pouvoir omniprésent, dominant les relations sociales, comme les stratégies existentielles.

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Paris, le 6 juillet 2024, par Amadou Bal BA –

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