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Liberté de la presse au Sénégal : le rapport accablant de RSF

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Le rapport publié par Reporters Sans Frontières (RSF), intitulé « Le journalisme sénégalais à la croisée des chemins », met en lumière une période sombre pour les médias au Sénégal.

De 2021 à 2024, plus de 60 journalistes ont été arrêtés, agressés ou détenus, tandis que le pays a dégringolé de 35 places au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, en passant de la 49e à la 94e place. Ce constat alarmant a été présenté à Dakar, ce jeudi 6 juin en présence d’Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, Marc Aboflan, responsable de la Journalism Trust Initiative (JTi) en Afrique subsaharienne, et Camille Montagu, chargé de recherches.

Depuis mars 2021, les journalistes sénégalais ont fait face à une montée des violences et des pressions politiques. RSF a recensé plus de 70 entraves à leur travail, allant des agressions physiques à des interpellations arbitraires. Cette période a également été marquée par une polarisation accrue des médias et des ingérences politiques inquiétantes, notamment des coupures abusives des réseaux sociaux et des suspensions de licences de médias.

Répression et censures

 « Ce rapport est un recueil de faits et de récits recueillis par RSF. C’est une invitation à l’action pour soigner l’image balafré du journalisme au Senegal », a déclaré Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF.

Selon ledit rapport,  » au moins 34 incidents de violence ont été recensés, où les forces de sécurité ont non seulement confisqué du matériel professionnel mais ont également agressé physiquement des journalistes. Ces attaques surviennent principalement lors de manifestations socio-politiques, reflétant un climat où la liberté de la presse est de plus en plus menacée. »

Parmi les statistiques alarmantes rapportées par RSF, au moins 15 journalistes ont été arrêtés ou interpellés sous des accusations telles que la « diffusion de fausses nouvelles » ou l' »usurpation de la fonction de journaliste ». Selon Sadibou Marong, « ces arrestations sont souvent perçues comme une tentative d’intimidation visant à museler les voix critiques. »

La privation d’accès à Internet à quatre reprises au cours des neuf (9) derniers mois par les anciennes autorités  sous le régime de Macky Sall a également été pointée du doigt par RSF de même que la suspension répétée de Walf TV en juin 2023 et février 2024 qui représente « un précédent dangereux pour la liberté de diffusion au Sénégal. »

30 recommandations 

En parallèle, RSF a documenté plusieurs cas de cyber-harcèlement dirigés contre des journalistes, souvent orchestrés par des groupes politiques militants. Malgré quatre  (4) plaintes déposées, aucune enquête sérieuse n’a été initiée, laissant les journalistes vulnérables à des attaques continuelles en ligne.
Face à cette montée en flèche des violations des droits de la presse, RSF a fait une série de 30 recommandations clés aux autorités sénégalaises. Parmi celles-ci, « la suppression des peines d’emprisonnement pour les infractions de presse est primordiale, tout comme la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte et d’assurer la transparence des médias. RSF préconise également un soutien accru aux médias de proximité, essentiels pour la diversité et l’inclusion dans le paysage médiatique sénégalais… »

Pour RSF, la promotion d’un journalisme fiable et indépendant est cruciale pour garantir une société informée et démocratique. Pour M. Marong  » il faut encourager les médias à adopter des pratiques certifiées par des initiatives telles que le Journalism Trust Initiative (JTi), le gouvernement sénégalais pourrait jouer un rôle essentiel dans la protection et la promotion des droits fondamentaux des journalistes. Ce qui offrirait des déductions fiscales. Actuellement, deux médias sénégalais, PressAfrik et Financial Afrik, sont certifiés JTi. »

L’arrivée au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye, qui a promis de réformer le paysage médiatique, est perçue comme une lueur d’espoir. Le directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF a déclaré  « qu’après trois années de chute libre, il est grand temps que le Sénégal reparte de l’avant en matière de liberté de la presse. L’arrivée du président Bassirou Diomaye Faye est une opportunité pour mener des réformes de fond pour garantir le droit à l’information au Sénégal. »

RSF a d’ores et déjà présenté, le lundi 3 juin, son rapport au ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, qui a affirmé « être à l’écoute pour mener les chantiers nécessaires ». Les recommandations lui ont été présentées.  Ainsi, RSF appelle à l’action les autorités sénégalaises. Anne Bocandé a souligné  » la nécessité de protéger les journalistes, de garantir la transparence des médias et de lutter contre la désinformation. Le Sénégal, autrefois un modèle en matière de liberté de la presse, doit saisir cette opportunité pour restaurer son statut et renforcer la démocratie dans la région. »

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