DERNIERES INFOS
S'informer devient un réel plaisir

«Le Conseil constitutionnel censure l’essentiel de la loi sur l’immigration inspirée de la Préférence Nationale. Victoire provisoire des valeurs républicaines. Sanctionner les forces du Chaos aux Européennes du 9 juin 2024» par Amadou Bal BA –

0

Le grand remplacement est celui des idées humanistes et émancipatrices par les idées suprémacistes et xénophobes» écrit Edgar MORIN, un éminent sociologue et humaniste (Voir mon article, Médiapart, 10 juillet 2021). Estimant qu’il y avait trop de racisés en France, une Droite lepénisée avait durci le projet de loi de la Macronie, déjà très répressif et d’inspiration de la Préférence Nationale. Dans sa retentissante décision du 25 janvier 2024, faisant 52 pages, qui claque comme une baffe, le Conseil constitutionnel a censuré toutes les décisions emblématiques de la Préférence nationale, soit 40% de la loi sur l’immigration. N’ont été épargnées de la censure du Conseil constitutionnel que presque des décisions à la marge ou techniques. Après le rejet de la loi par le Parlement le 11 décembre 20023, et cette censure du juge constitutionnel, la crise s’ajoute à la crise. Le président Emmanuel MACRON a demandé au gouvernement d’appliquer, dans les brefs délais, le peu de mesures non invalidées : «La loi est totalement amputée. Elle n’a aucune légitimité. Elle doit être retirée», dit Manuel BOMBARD de la France Insoumise. «Nous appelons le Président de la République et le Gouvernement à prendre acte de cette défaite et à mettre fin à ce naufrage républicain en retirant la loi sur l’immigration», écrit le Parti Socialiste.

Cette orientation du gouvernement, pour des calculs politiciens, vers la Préférence nationale, dans l’impasse la plus totale, risque de se terminer, comme en 1940, dans la honte et le déshonneur. La France doit rester la France, avec ses grandes valeurs d’Humanité, de Fraternité, d’Egalité et de Justice. Par conséquent cette décision du Conseil constitutionnel est une seconde gifle retentissante infligée à toutes les forces du Chaos. On comprend la joie du camp de la vraie France, la Républicaine, et la seule vraie France et donc l’amertume de tous les imposteurs, ne manifestant que leur ressentiment et leur haine du racisé. Dans un pays démocratique, ne voulant se soumettre à la décision d’un juge, les forces du Chaos, par populisme et démagogie, appellent déjà à un référendum sur l’immigration, Moussa DARMANIN venu à la télévision, s’est glorifié de sa démarche répressive à l’encontre des racisés en exhibant, comme un trophée, les statistiques sur les expulsions d’étrangers. En raison de cette double défaite au Parlement et devant la justice, le Ministre de l’Intérieur désavoué, décrédibilisé et humilié, aurait dû démissionner de ses fonctions. Comment dans ces conditions le nouveau gouvernement identitaire de Gabriel ATTAL, nouveau Premier ministre, succédant à Mme Elisabeth BORNE, surnommée Mme Article L 49-3, pourrait-il venir, sereinement, demander la confiance au Parlement ?

I – Quelles sont donc ces mesures qui ont été censurées ?

Les mesures invalidées par le Conseil constitutionnel sont, notamment, celles d’inspiration de Bruno RETAILLEAU du Sénat :

• La restriction des aides sociales (allocations familiales, aides au logement, etc.) ;
• La création du délit de séjour irrégulier qui rétablissait une double peine, supprimée par la Gauche ;
• Toutes les mesures relatives au durcissement des conditions du regroupement familial, le conditionnement du versement des allocations familiales à cinq ans de résidence sur le territoire contre six mois actuellement ;
• L’instauration d’une «caution retour» pour les étudiants étrangers, ou encore les modifications apportées au Code civil sur le droit de la nationalité, telle que la fin de l’automaticité du droit du sol, ou la déchéance de nationalité après une condamnation pour «homicide volontaire commis sur toute personne dépositaire de l’autorité publique » ;
• Les obligations de quitter le territoire (OQTF), le législateur a voulu simplifier leur régime, en supprimant les protections dont disposent certaines catégories d’étrangers dans le droit actuel. En effet, l’Administration devra toujours tenir compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire national, de ses liens avec la France, et de considérations humanitaires ;
• Le débat pluriannuel sur un quota d’étrangers en France.
• Relever, sans son consentement, les empreintes digitales d’un étranger en situation irrégulière est une atteinte aux libertés individuelles, sans garanties juridiques suffisantes, comme l’autorisation du procureur ;
• Un titre de séjour, de plein droit pour les Britanniques ayant une maison secondaire en France.

Les mesures de régularisation dans les secteurs sous tensions sont maintenues.

Quel impact réel de cette censure du Conseil constitutionnel sur diverses pratiques administratives (circulaires) visant à établir des distinctions arbitraires à l’encontre des racisés notamment au regard du calvaire des procédures de dématérialisation des titres de séjour, des délais anormalement longs d’instruction de divers dossiers (regroupement familial, transcription de mariage ou d’actes d’état civil, pension de réversion) et la réouverture des archives dans le massacre du camp de Thiaroye, 70 ans déjà ?

Le gouvernement, faible avec les forts, dure avec les faibles (Retraités, chômeurs, paysans, armée de citoyens avec des bas salaires dans une société ubérisée) va appliquer les mesures non censurées par le Conseil Constitutionnel et se glorifie de sa politique très répressive à l’égard des racisés, par notamment plus d’expulsions. En réalité la xénophobie, l’islamophobie et la négrophobie ne visent en général à occulter les vrais problèmes de la société française (Retraites, coût de la vie, délocalisation des entreprises). «Le racisme est la dévalorisation profitable d’une différence ou, le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression» écrit Albert MEMMI dans son ouvrage sur «le racisme» (Voir mon article, Médiapart, 14 mai 2020).

II – Sanctionner aux Européennes du 9 juin 2024 les forces du Chaos

Pour les racisés la prochaine étape majeure est le rendez-vous des élections européennes du 9 juin 2024 pour sanctionner très sévèrement la Macronie et toutes les forces du Chaos. C’est l’occasion de planter les banderilles et de défendre vigoureusement la République contre les ligues factieuses. «Le Conseil constitutionnel a censuré la loi sur l’immigration, alors que les Français demandent une réforme plus radicale sur le sujet. Une seule solution : le référendum comme le demande Marine Le Pen», dit Thierry MARIANI du Rassemblement national. Eric CIOTTI, Bruno RETAILLEAU et Valérie PECRESSE exigent une réforme constitutionnelle.

En définitive, le «Contrat racial» de Charles MILLS est un livre de chevet pour tous les antiracistes, qu’il a dédié à tous «les Noirs, Rouges, Bruns, et jaunes qui ont résisté au contrat racial, ainsi que les Renégats blancs et les Traîtres à la race qui l’ont refusé». Mais ce terme de «Renégats» ne signifie pas qu’il appelait les Occidentaux à trahir la race blanche. Si l’on est vraiment antiraciste, républicain, on devrait être contre toutes les formes d’oppression que ce soit les femmes, les racisés, les Gays et Lesbiennes, les travailleurs, les retraités, les chômeurs, les ouvriers ou les pauvres. En fait, les démocraties occidentales n’ont pas été construites de manière inclusive et consensuelle ; c’est souvent une victoire des puissants, des hommes blancs, sur le reste des autres minorités. L’égalité réelle pour ces minorités est restreinte, le consentement ou le contractualisme est fictif, afin de les maintenir, perpétuellement dans la dépendance, par diverses réformes injustes (Retraites, chômage, bénéficiaires des minima sociaux, bas salaires, cadeaux fiscaux ou impunité de l’évasion ou de la fraude fiscale des puissants, etc.). Le système libéral est donc construit sur des «positions hégémoniques et subalternes, des positions de privilèges, d’une part, et de subordination sociale, d’autre part» écrit Charles Wade MILLS. La suprématie blanche étant niée, tous étant censés être égaux et libres, même si certains sont plus égaux que d’autres comme le dirait Coluche, la justice raciale dans ce contexte, ne peut être piétinée ou minorée.

La décision du Conseil Constitutionnel du 25 janvier 2024 redonne à tous les Républicains et Humanistes confiance aux idées humanistes de la Révolution. Les racisés, que l’on calomnie et insulte dans les chaînes d’information continue, dont C-News de Vincent BOLLORE diffusant des idées complotistes et fausses, sont des Hommes, à égale dignité que les autres. Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui gêne les forces du Chaos, tout individu quelle que soit sa nationalité, y compris a des droits fondamentaux (Egalité, dignité, vie familiale normale) qui doivent être respectés.

Par conséquent, la France, dont parlent les fachos, des faussaires et imposteurs aveuglés par leur haine incommensurable et injustifiée, n’est pas la vraie France ; ce sont les théories de l’inégalité des races de Joseph GOBINEAU. Si tous les racisés s’arrêtaient de travailler une semaine, on verrait leur place centrale dans ce pays, dans tous les secteurs de l’économie de France, notamment l’assistance aux personnes âgées, l’aide aux familles, les hôpitaux, les écoles, les usines, les marchés, restaurants et hôtels, le gardiennage, l’entretien, tous les emplois mal rémunérés et ingrats. En effet, Philippe PETAIN, qui voulait faire «un don de sa personne», s’est révélé être comme Adolphe HITLER, le pire ennemi de son pays. «La liberté n’est jamais donnée volontairement donnée par l’oppresseur, elle doit être exigée par l’opprimé» dit Martin Luther KING. «Le seul moyen d’affronter un monde sans liberté est de devenir absolument libre, qu’on fasse de sa propre existence un acte de révolte» écrit Albert CAMUS. Je ne désespère que tous les racisés, conscients de cette grave menace de la peste brune, ce «Contrat racial», alliés aux républicains et humanistes, feront tout pour barrer la route à l’extrême-droite, en commençant par une sévère punition de tous les partis lepénisés aux élections européennes du dimanche 9 juin 2024. Hannah ARENDT (Voir mon article, Médiapart, 25 janvier 2024) estime que la démocratie est un combat de tous les instants, et chaque génération devrait rester vigilante, en abandonnant la vie contemplative, par une possibilité d’action contre le Mal : «C’est bien propre le propre de la condition humaine, que chaque génération nouvelle grandisse à l’intérieur d’un monde, un monde construit par les vivants et les morts. La tâche de l’éducation est d’introduire ces nouveaux venus comme un ferment dans un monde déjà vieux. C’est un mot, refuser que meure le Verbe, et le Verbe doit soulever le monde», écrit-elle dans «la crise de la culture».

Références bibliographiques

Conseil Constitutionnel, décision n°2023-863, DC du 25 janvier 2024 relative à la loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration, 52 pages ,

BA (Amadou, Bal), «Edgar Morin, sa pensée complexe, son cosmopolitisme et son immense humanisme», Médiapart, 10 juillet 2021 ;

BA (Amadou, Bal), «Charles Wade Mills et sa théorie du Contrat racial, dans les démocraties occidentale», Médiapart, 13 décembre 2023 ;

BA (Amadou, Bal), «Gabriel Attal, Premier ministre de France, son gouvernement sarkozyste et identitaire», Médiapart, 15 janvier 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «France, immigration, toujours plus de répression pour les racisés», Médiapart, 24 septembre 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Hannah ARENDT, anticolonialiste, antiimpérialiste et son refus du Mal Absolu», Médiapart, 25 janvier 2024 ;

ELLISON (Ralph, Waldo), Homme invisible pour qui chantes-tu ?, traduit par Magalie et Robert Merle, préface de Robert Merle, Paris, Grasset, Les cahiers rouges, 2022, 736 pages ;

FIRMIN (Joseph, Anténor), De l’égalité des races humaines. Anthropologie positive, Montréal, Mémoire d’Encrier, 2005, 408 pages ;

GOBINEAU (Joseph), Comte de, De l’inégalité des races humaines, Paris, Firmin Didot, tome I, 1853, 210 pages et tome II, 1884, 402 pages ;

MEMMI (Albert), Le racisme, Paris, Gallimard, Folio, 1994, 256 pages ;

MILLS (Charles, Wade), Contrat racial, traduit par Wesley N’Diaye dit Webster, Montréal, Mémoire d’Encrier, 2023, 224 pages ;

TRANQILLE (Marie-Mirella), Contrat racial aux Etats-Unis : sujet, pouvoir et résistance, maîtrise ès Arts en philosophie, Université de Montréal, décembre 2020, 73 pages ;

WIEVIORKA (Michel), La différence, Paris, Balland, 2001, 201 pages ;

WIEVIORKA (Michel), Le racisme, une introduction, Paris, La Découverte, 1998, 168 pages ;

WOUAKO TCHALEU (Joseph), Le racisme colonial : analyse de la déconstructivité humaine, Paris, l’Harmattan, 2015, 442 pages ;

ZINN (Howard), Combattre le racisme : sur l’émancipation des Afro-américains, traduction de Nicolas Calvé, préface de Cornel West, Lux éditeur (Canada), 2022, 280 pages.

Paris, le 25 janvier 2024, par Amadou Bal BA – http://baamadou.over-blog.fr/

laissez un commentaire