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«La Ville de Paris a honoré Manu DIBANGO (1933-2020), dit Papa Grove, compositeur, saxophoniste, patron de la Soul Makossa et de la World Music. Antiraciste, panafricaniste. et trait d’union entre les cultures du monde, diversité et enracinement», par Amadou Bal BA –

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Ce samedi 22 juin 2024, la Ville de Paris et l’UNESCO ont tenu à honorer Manu DIBANGO, en apposant une plaque devant son domicile parisien au 176 boulevard de Charonne, dans le 20ème arrondissement. Emmanuel NDIOKE dit Manu DIABANGO a vécu d’abord en Afrique, poursuivi des études en France ; il s’est installé dans divers endroits comme New York, avant de venir habiter à Paris 20ème, un arrondissement cosmopolite, de 1980 à 1993 ; il déménagera, par la suite, jusqu’à sa mort, à Champigny-sur-Marne. Cependant, il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, juste en face de l’immeuble où il résidait. Un cimetière qu’il a surnommé mon «Voisin» et devenu donc son voisin définitif.

Les élus parisiens ont tenu à rendre hommage à Manu DIBANGO, qui a vécu plusieurs vies, par sa musique festive de la Soul Makossa. Si «sa carrière musicale extraordinaire a été magnifiée, c’est en raison aussi de ses engagements. La rencontre avec les indépendantistes congolais a influencé son art. En 1985, il participera à la Fête de l’Humanité à un concert exigeant la libération de Nelson Mandela que beaucoup qualifiaient honteusement de simple terroriste. Au cours de sa vie, il s’est également engagé contre la faim ou le réchauffement climatique. Aussi, en 2004, l’UNESCO l’a nommé ambassadeur de la Paix», dit M. Eric PLIEZ, maire du 20ème arrondissement. Visiblement très ému et heureux, M. Arnaud NGATCHA, adjoint à la maire de Paris, dont le père est d’origine camerounaise et qui avait représenté Mme Anne HIDALGO en 2020 aux obsèques de Manu DIBANGO dira «C’est un immense artiste. Il représente cette part exceptionnelle de Paris, une ville multiculturelle accueillante, avec la plus grande diaspora africaine, dont celle du Cameroun ; c’est donc un symbole très fort que cette plaque commémorative en hommage à Manu Dibango. Nous vivons un moment singulier de l’histoire de France avec ces législatives anticipées, avec des partis défendant des idées à l’opposé de ce que Manu Dibango prêchait en termes de tolérance, d’ouverture, de partage, de métissage et de multiculturalisme», dit-il. «Les sons hypnotiques de la musique de Manu Dibango invitant à la danse ouvrent les champs des possibles. Manu Dibango a recherché, sans cesse à élargir, à mixer, à remixer. Au nom de Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, je salue ce géant de la musique, ce poète, ce précurseur et ce prophète qui a été bercé par les musiques traditionnelles africaines, un explorateur du monde et de ses sonorités, pionnier de la World Music, un amoureux de la nature, contre le racisme et pour la créolisation des musiques. C’est un homme qui ne s’est pas contenté de faire de la musique, il a fait vibrer notre monde», dit Mme Laurence PATRICE, en charge de la mémoire et du monde combattant.

Accompagnés d’un prêtre animiste, les membres de la famille de Manu DIBANGO ont aussi pris la parole. En effet, Manu DIBANGO a vécu dans le 20ème avec sa femme Coco, ses deux filles Georgia, disparue le 24 février 2023, et Manon, ainsi que son fils, Michel «Cet immeuble était pour nous, comme une famille XXL. Nous avons partagé nos coutumes dans un immeuble cosmopolite. C’est un des marqueurs forts de nos vies, en termes de solidarité, de partage et de fraternité», dit Michel DIBANGO, son fils. «Mon grand-père n’était pas seulement qu’un artiste, il a ouvert la voie, il a jeté un pont entre l’Afrique et la France, symbole du métissage culturel. Il disait «On ne peut pas peindre du Blanc sur du Blanc et du Noir sur Noir». Artiste avenant et chaleureux, mondialement reconnu de son vivant, après une longue errance à travers le monde, il a fini par poser ses valises, avec un lien d’ancrage très fort dans le 20ème arrondissement», dit Victoria PALIX-DIBANGO, sa petite-fille et fille de Georgia.

Manu DIBANGO a toujours prêché la tolérance, la diversité culturelle, le respect mutuel et la tolérance : «On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir ; nous sommes tous des révélateurs les uns des autres», dit-il. La musique est un moyen de surmonter les différences «le dialogue, c’est d’abord une musique», dit-il. Manu, dans sa profonde soif de rencontrer l’autre, ne s’adresse ni aux Africains, ni aux Occidentaux, mais à l’humain. Dans sa joie de vivre et sa bonne humeur légendaire, ses éclats de rire, Manu DIBANGO est d’une grande profondeur, en raison de son expérience et sa vision puisées de son sens de l’Histoire : «Dibango, dès qu’on creuse, une perspective inouïe et imprenable sur les tremblements de terre culturels, sociétaux et géopolitiques auxquels il a assisté, une intelligence aiguisée, une remarquable capacité d’analyse des enjeux entre les êtres et les peuples, forgée avec une lucidité absolue. Il est aussi doté d’une répartie fulgurante, toujours pertinente et drôle, enrobée d’une chaleur, d’une générosité et d’une gentillesse rares», écrit, en 2023, Yves BIGOT, dans la préface des «Conversations avec Manu Dibango».

Héritier d’un riche patrimoine culturel du Cameroun, pays aux influences multiples, traditionnelles et modernes, Manu DIBANGO, dans un syncrétisme, en a tiré le Makossa. Son tube planétaire, «Mama Sé, Mama Sa, Mama Makossa», ce mantra et manifeste culturel africain, a été repris et plagié de nombreux musiciens américains (Michael Jackson, Rihanna, les Fugees, Beyoncé). Génie de la musique, homme particulièrement humble, Manu DIBANGO est un immense précurseur qui a aussi ouvert les portes aux autres. Manu, ce Parisien d’adoption, a réussi à marier le Jaz et la musique traditionnelle africaine : «Grâce au Jazz, j’ai pu découvrir et aimer toutes les musiques que j’aime à commencer par la musique classique. Le Jazz est une musique beaucoup plus rigoureuse qu’on le croit habituellement», dit-il. En effet, Manu DIBANGO se définit comme «un vrai cow-boy, toujours à cheval» entre plusieurs cultures, entre vin de palme et beaujolais, bals provinciaux et gris-gris africains. Il est aussi universaliste, pour un respect mutuel, dans le droit à la différence «L’universalité, pour certains, est une idée issue de la seule civilisation occidentale. C’est comme une loi. Peut-on lui apporter, comment dit- on, des amendements ? Peut-on amender l’universel ? Ou, si vous préférez, la conception occidentale de l’universel me paraît, à moi Africain, un habit seyant, mais un peu juste, un peu étriqué», dit-il au Courrier de l’UNESCO. Sa musique s’adresse à tous les êtres humains ; il a une immense soif de connaître autrui : «Quand on est musicien, on ne se lève pas le matin en se disant : «Je fais de la musique africaine», mais : «Je veux faire de la musique». Un point c’est tout», dit Manu DIBANGO. Grand militant de l’Afrique, Manu DIBANGO a été déçu par le panafricanisme de façade, du verbiage ou de l’ethnicité «Comment rêver du panafricanisme là où les nations sont encore sous la coupe du tribalisme et où le complexe colonial continue de mettre le Blanc au-dessus du Noir ? J’ai été victime d’un tribalisme et d’un nationalisme vivace dans des endroits où on trouvait aussi de véritables prophètes d’une Afrique unie et conquérante. Je m’aperçois que ce panafricanisme de combat, conçu à l’étranger, ou à cause de l’ennemi commun étranger, ne pouvait être qu’illusoire», dit-il, en 2013, dans «Ballade en saxo dans les coulisses de ma vie». Manu DIBANGO, un militant pour la paix dans le monde, de la diversité culturelle et linguistique, de la protection de l’environnement, est resté dans ce rayonnement universel, ancré sur le local, valorisant les langues et les cultures autochtones, et participant à des projets locaux pour les Africains.

Issu d’une famille protestante, Emmanuel N’Djoké DIBANGO, dit Manu DIBANGO, est né à Douala, au Cameroun, le 12 décembre 1933. «Je suis un animal ! Je suis Djoké, l’éléphant et ma trompe c’est mon saxo», dit-il. Dans un pays miné par des conflits ethniques, ses parents sont pourtant d’originaires différentes : son père, Michel Manfred N’Djoké DIBANGO, un instituteur, de l’ethnie Yabassi, et sa mère Douala, une couturière. Sa famille, de confession protestante, est bien investie dans l’animation des églises. Son père, d’une grande rigueur morale, est un exemple pour son fils. Sa religion n’y est sans doute pas étrangère. En effet, la famille est protestante. Le soir, Manu va au temple, sa mère s’occupe de la chorale, et lui enseigne des rudiments de musique : ««Je suis né à Douala, au Cameroun. Mon père et ma mère étaient protestants. Tout gamin, ils m’ont inscrit à l’école du village où j’ai d’abord appris le douala, l’une des langues fondamentales de mon pays. Une fois mes classes terminées, je me rendais au temple. Ma mère y dirigeait la chorale des femmes et le pasteur nous commentait l’Ancien et le Nouveau Testament traduits en douala. C’est là que j’ai été touché par le virus magique de la musique», dit Manu DIBANO au Courrier de l’UNESCO. Son père était fonctionnaire «une situation rare et valorisante. A l’époque, il n’y avait pas de radio. Mais nous avions la chance d’avoir un gramophone. Je m’en servais, en douce, pendant l’absence de mes parents. Je faisais le chef d’orchestre. Ce que j’appréciais avant tout, c’était de marier les voix, d’en faire un instrument humain, qui sonne juste et fort. J’ai fini par m’approprier les mélodies que j’apprenais» dit-il. Dans ce Cameroun, sous protectorat français, le jeune Manu entendait la musique occidentale, que les musiciens africains des bars et hôtels reprenaient : «Nous, les gosses, nous transformions, à notre tour, «c’est à peu près». D’un côté, il y avait la musique d’initiation, avec les tambours ou les instruments en bois, comme les tams-tams. Enfin, aux noces ou aux funérailles, nous entendions jouer des guitaristes traditionnels» dit Manu DIBANGO.

Sa scolarité commence par l’école du village et se poursuit à l’école française. Une fois son certificat réussi, son père veut l’envoyer faire ses études en Europe, estimant que c’est dans la haute administration que l’on pouvait réussir sa vie. C’est ainsi qu’en mars 1949, le jeune Manu, à 15 ans, après 21 jours en bateau, débarque à Marseille. Sa famille d’accueil, les Chevalier, se trouve en réalité à Saint-Calais dans la Sarthe, un département de l’ouest de la France. Il offre à ses hôtes 3 kilos de café, une denrée rare après la guerre, ce sera également le titre de son autobiographie où sont puisées l’essentiel des informations.

Après l’internat, à Saint-Calais, Manu poursuivra ses études au lycée à Chartres (Eure et Loire). Il y retrouve quelques Africains, généralement des fils de bonne famille. Manu séjournera aussi à Château-Thierry et Reims, où il passe son baccalauréat. Il découvre le jazz, apprend le piano et excelle au saxo. «J’ai eu aussi un harmonica, acheté par mon père. Je tâtonnais. C’est seulement quand je suis arrivé en France, à quinze ans, que mon père m’a payé des leçons de piano. J’ai vite su que j’étais musicien parce que j’aimais la musique. Mais je ne songeais pas du tout alors à en faire un métier», dit Manu DIBANGO au Courrier de l’UNESCO. En effet, c’est dans les colonies de vacances réservées aux enfants camerounais, notamment à Saint-Germain-en-Laye, que Manu DIBANGO commence à faire valoir ses talents musicaux en grattant la mandoline, et en jouant au piano. Manu a toujours la chance de faire la bonne rencontre, au bon moment. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de son idole, Francis BEBEY (1929-2001), qui lui fait découvrir la musique noire américaine (Sidney Bechet, Louis Armstrong). Manu DIBANGO n’est pas connu pour ses talents de chanteur, mais de saxophoniste, un instrument qu’il apprend à maîtriser. Un petit groupe de musique est alors formé. Manu fait un peu de musique à Monaco et souhaite engager des études de commerce, sans succès.

Après avoir obtenu sa première partie de baccalauréat, Manu, passionné par la musique, s’en va en Espagne. Son père, lui, qui croyait peu au destin d’un artiste, lui coupe les vivres. Qu’à cela ne tienne, saxophone en main, il écume les boîtes et autres bals de campagne et se fait connaître grâce à son art. En 1956, Manu DIBANGO décide d’aller tenter sa chance à Bruxelles. «Après avoir passé mon bac, j’ai quitté la France pour Bruxelles où je voulais poursuivre mes études tout en gagnant ma vie. En 1960, on discutait à Bruxelles, sous l’égide de l’ONU, des accords d’indépendance entre la Belgique et le Congo. Dans mon quartier de la porte de Namur, j’ai vécu les tensions, le déchirement, qu’il y avait entre Blancs et Africains. J’ai découvert le prix que l’histoire fait payer aux hommes», dit Manu DIBANGO au Courrier de l’UNESCO. Par le biais d’un ami, il est embauché au «Tabou», cabaret à la mode dans la capitale belge. Il fait la connaissance d’un mannequin, Marie-Josée dite Coco, une blonde belge, son ange gardien qu’il épousera le 6 mars 1957. Coco, disparue en 1995, lui donne 3 enfants (Michel, Marva et Géorgia) et Manu a un quatrième fils, avec Hélène WOBE, James, ainsi que 7 petits-enfants. Après une brouille avec le patron du Tabou, on lui propose une mini-tournée avec un orchestre sur les bases américaines en Europe. Manu se produit au Moulin Rouge d’Ostende et au Scotch d’Anvers. En en 1958, il signe un contrat de deux ans au Chat Noir à Charleroi.

En 1960, il est embauché dans une boîte bruxelloise, les «Anges noirs», une boîte de nuit créée par un Sénégalais d’origine cap-verdienne, Luiz VIEIRA DA FONSECA, et fréquentée par d’éminents hommes politiques et intellectuels zaïrois, venus à Bruxelles négocier l’indépendance de leur pays. Manu DIBANGO, qui jouait jusqu’ici pour les Occidentaux (Cha Cha, Tango), découvre une musique africaine élaborée, notamment celle du Congo. Là aussi, il fait une rencontre décisive, avec Joseph KABASELE (1930-1983), dit Grand Kallé, le chef d’Orchestre congolais, venu, à Bruxelles, enregistrer avec des moyens modernes, des morceaux, pour la célébration de l’indépendance du Congo : «Il y a eu la fameuse table ronde en 1960. Je jouais à Bruxelles chez un Sénégalais, métis du Cap Vert qui s’appelait Fonseca. Il avait un club où se retrouvaient le soir les Congolais qui étaient là à l’époque : Patrice Lumumba, Kalondji, Mobutu était encore journaliste d’ailleurs. Lumumba était venu avec Joseph Kabasélé. Kabasélé avait besoin d’un saxophoniste. Le sien était malade. Le destin est passé par là» dit Manu DIBANGO. En effet, Manu DIBANGO remplace au pied levé le saxophoniste de Joseph KABASELE et en 15 jours, ils enregistrent plus de 40 morceaux, dont le fameux «Indépendance Cha Cha», un tube d’un succès planétaire.

Manu DIBANGO séjournera deux ans, de 1961 à 1963 au Congo belge : «C’était la guerre, il y avait déjà les Casques bleus là-bas. Quand je suis parti en août 61 on venait de tuer Lumumba six mois avant. On était jeunes et inconscients. Avec ma femme belge, on était le seul couple mixte dans tout ce bazar ! Je vous garantis qu’à l’époque ce n’était pas une petite affaire ! On était censé rester un mois. Je suis resté deux ans ! Mon aventure africaine a commencé comme ça», dit-il. Manu DIBANGO retourne de 1963 à 1965 au Cameroun, mais dans un contexte de guerre et de résistance, il sera obligé de regagner la France.

En 1972, Manu DIBANGO lance la «World music», faisant de lui un musicien majeur de la fin du XXe siècle. À l’occasion de la Huitième coupe d’Afrique des Nations, grand événement footballistique qui se déroule à Yaoundé en 1972, Manu DIBANGO compose un hymne dont la face B du 45 tours, «Soul Makossa», un énorme succès : «J’étais parti faire un single : «L’hymne de la huitième coupe d’Afrique», dont personne ne se souvient aujourd’hui !». Comme il faut bien une face B. j’avais composé ce morceau que je jouais dans le quartier à Douala. On perd la coupe. Le Congo nous bat 1 à 0. Personne ne voulait plus entendre parler de ce disque ! Un ou deux ans après ; c’était l’époque de « Black is beautiful», du livre «Racines» d’Alex Haley- les noirs américains sont venus en France chercher des disques d’Africains. Dans le lot il y avait ce petit 45 tours. And the winner is», dit-il. En effet, un disque-jockey américain, venu à Paris, a écouté «Soul Makossa». C’est la révélation, et Manu DIBANGO est invité à New York, pour faire la première partie des «Temptations». Ce titre, plagié par de nombreux artistes noirs américains, notamment par Rihanna avec «Please Don’t Stop the Music» et Michael JACKSON (1958-2009) avec son morceau «Wanna Be Starting Something», qui sera contraint à un arrangement financier.

Manu DIBANGO est fier de découvrir que les grands musiciens noirs américains écoutent également la musique africaine, et s’en inspirent, sans le dire. Decca prend contact avec Atlantic, pour une tournée de 10 jours de Manu DIBANGO ; il va se produire au mythique Apollo à Harlem. En France, et en raison de cette notoriété américaine, on lui permet, enfin, en 1973, de se produire, à Paris, à l’Olympia. Par conséquent, Manu est un précurseur ; il a ouvert la voie pour tous les musiciens africains, qu’on écoutait en France, mais dont la musique n’était jamais produite et exploitée, commercialement : «La musique africaine a commencé à être connue en France avec Myriam Makeba et le combat qu’elle menait contre l’Apartheid. Elle a été la première Africaine à jouer à l’Olympia. Des gens comme moi qui sont partis aux États-Unis dans les années 70 ont donné une certaine image de l’Afrique», dira Manu DIBANGO. L’artiste accompagne alors les musiques de films africains : «L’Herbe sauvage», en 1975, de l’ivoirien Henri DUPARC, «Ceddo», en 1976, du Sénégalais SEMBENE Ousmane, et en 2003, «La colère des Dieux» d’Idrissa OUEDRAOGO. De 1974 à 1979, Manu DIBANGO dirigera l’orchestre de la télévision ivoirienne.

Manu DIBANGO est avant tout un immense militant de la cause africaine et de sa diaspora. En effet, en 1992, Manu DIBANGO enregistre «Wakafrica» ou «l’Afrique en route», un album de reprise de grands tubes africains, avec la collaboration de divers artistes africains (Youssou N’Dour, Salif Keita, Angélique Kidjo) et d’autres pays.

Homme de radio, de télévisions et de riches rencontres, il a notamment participé à l’émission, «Pulsations» produites par Gésip LEGITIMUS (1930-2000). Ami de Hervé BOURGES (1933-2020), il a collaboré avec de nombreux artistes, notamment avec Baaba MAAL, Nino FERRER (1934-1998) et Dick RIVER (1949-2019), la carrière musicale de Manu DIBANGO, n’a pas été toujours linéaire, mais c’est un grand précurseur et d’une longévité sur la scène exceptionnelle, de plus de 60 ans. Il veut réussir sa vie de grand-père, pour sept petits-enfants. Manu DIBANGO estime qu’il a eu une vie bien remplie.

Pendant la pandémie du Covid-19, Manu DIBANGO, saxophoniste et légende de l’afrojazz, a été initialement hospitalisé à l’hôpital Lariboisière à Paris 10ème, pour cause de coronavirus. À la suite de folles rumeurs, l’artiste franco-camerounais avait annoncé, lui-même, sur sa page Facebook, qu’il «se repose et récupère dans la sérénité». Cependant, ce que nous redoutions est bien arrivé. Notre cher Manu est bien décédé du Coronavirus, ce mardi 24 mars 2020, à Melun (Seine-et-Marne), et sa famille a confirmé cette bien triste nouvelle. «Je salue la mémoire du grand musicien africain, le célèbre saxophoniste, Manu Dibango. Sa longue carrière est un exemple d’audace créatrice, d’innovations et de constance», écrit le président Macky SALL, à l’annonce du décès de l’artiste. Manu DIBANGO, un artiste talentueux, jovial, fort sympathique, généreux, ouvert d’esprit, était surtout engagé pour de nobles causes. Très proche des socialistes, et un admirateur de François MITTERRAND (1916-1996), Manu était un grand humaniste. «Manu Dibango, au-delà de son talent de musicien, était un humaniste, un homme de progrès, un artiste engagé en particulier au sein de SOS Racisme. Il a participé aux combats essentiels pour les droits de l’Homme tout en affichant une joie de vivre à nulle autre pareille», écrit Jacques LANG, dans son hommage à l’artiste. En effet, le 14 mai 1986, Jacques LANG, alors ministre de la Culture, avait décoré Manu de la médaille des Arts et des Lettres. «Manu Dibango incarnait l’âme de la musique africaine en France et en Europe. Sa voix profonde et chaleureuse, le son authentique de son saxophone, ont été autant de traits d’union entre les musiques africaines et le jazz, entre celui-ci et les musiques populaires», ajoute Jack LANG.

Manu DIBANGO a livré son testament à tous les Africains. En effet, plus de 60 ans après l’indépendance, il pose cette redoutable question, sans réponse : «Qu’est-ce qui cloche ?». Il faut construire, au lieu de démolir. Tel est son message contre la servitude, la soumission et l’esclavage.

Bibliographie sélective

DIBANGO (Manu), ROUARD (Danielle), Trois kilos de café : autobiographie, Paris, Lieux communs, 1989, 241 pages ;

BIGOT (Yves), Manu Dibango. Conversations, Marseille, Les Mots et le Reste, Paris, Ciberlibris, 2023, 176 pages ;

DIBANGO (Manu), KELMAN (Gaston), Ballade en saxo dans les coulisses de ma vie, Paris, L’Archipel, 2013, 280 pages ;

KETCHIEMEN (Arol), Manu Dibango, la grande icône de la musique camerounaise, préface de Jean-Marie Ahanda, Douala, Les éditions du Muntu, 2020, 232 pages ;

LEYMARIE (Isabelle), «Quand l’Afrique s’en mêle», interview de Manu Dibango, Courrier de l’UNESCO, numéro spécial, avril 2012, pages 23-26 ;

MVELLE MINFENDA (Guy), Manu Dibango. Essai sur la mondialité d’une Afrique menacée, Paris, Harmattan, 2021, 143 pages ;

NJA KWA (Samuel), Routes du Jazz, Afriques, Amériques, Caraïbes, préface de Manu Dibango et postface de Doudou Diène, Paris, Douala, éditions Duta, 2014, 169 pages.

Paris, le 22 juin 2024 par Amadou Bal BA

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