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«Johnny PACHECO (1935-2021) un maître de la musique Salsa» par Amadou Bal BA –

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Né le 25 mars 1935, à Santiago, en République dominicaine, Johnny PACHECO a grandi aux États-Unis, où il vient de disparaître le 15 février 2021. En effet, son père Rafael Azarias PACHECO (1898-1961), un musicien, fuyant la dictature de Rafael TRUJILLO (1891-1961), a immigré avec toute sa famille aux Etats-Unis, en venant s’installer, en 1946, dans le Bronx, à New York. Sa mère, Octavia Aurelia PACHECO, dite «Tavita» (1898-1978), était femme au foyer. Initialement, ancien élève de la «Julliard School of Music», Johnny PACHECO n’avait pas son orchestre ; il collaborait avec différents groupes musicaux, notamment avec Charlie et Eddie PALMIERI. Dans les années 60, il fonde son groupe «Johnny Pacheco Y su Charanga» et crée sa propre maison de disques en 1964 «La Fania Records» pour les Latino-américains. En 1962, son orchestre est le premier groupe latino-américain à tenir la tête d’affiche au théâtre Apollo, à Harlem, et collabore, à cette occasion avec l’artiste franco-camerounais, roi de la Soul Makossa, Manu DIBANGO. En grand visionnaire, il avait pour ambition de monter le meilleur group de musique, mais la notoriété viendra en 1973 avec le concert au Yankee Stadium. En raison de sa tournée en République démocratique du Congo, où Mohamed ALI (1942-2016) avait disputé, le 30 mai 1974, son fameux match de boxe contre George FOREMAN, son orchestre fera sensation au Congo, avec divers morceaux chantés par Célia CRUZ dont «Guantanamera» ou «Quimbara». Ce match de boxe planétaire, a été allié à la musique de différents orchestres, dont James Brown, BB KING, le «Fania All-Stars» de Johnny Pacheco avec Celia Cruz, Sister Sledge, Hugues Masekela, donnant ainsi plus de visibilité à Johnny PACHECO. Ce match de boxe, financé par Mobutu pour défendre les droits civiques des Noirs, avait une dimension sportive, mais aussi politique et culturelle ; son objectif était «libérer les Noirs d’Amérique. Blancs et Noirs ne sont pas frères. Un frère ne lynche pas, n’émascule pas, n’écartèle pas et ne brûle pas son frère» avait dit Mohamed ALI.

En 2005, la Bibliothèque national des Etats-Unis a archivé l’ensemble de son patrimoine musical. Il a été nominé neuf fois aux Grammy et obtenu dix disques d`or. Il a été honoré du «Latin Grammy Lifetime Achievement Award». Son groupe a relocalisé son siège de New York à Miami, où se trouve une très forte communauté latino-américaine. Il a joué et collaboré avec beaucoup de légendes du jazz et de la musique populaire américaine, tels que Quincy Jones, Stan Kenton, George Benson, Sammy Davis Jr, Ethel Smith, Stevie Wonder et beaucoup d’autres. En 1996 le président de la République Dominicaine, Juaquin BALAGUER RICARDO (1906-2002), lui a remis la prestigieuse médaille d’honneur présidentielle.

Impresario, producteur, arrangeur, musicien de Salsa, sa rencontre, en 1969, avec la cubaine Célia CRUZ (1925-2003) a été marquante avec son groupe de musique la «Fania All-Stars». En effet, le timbre grave de Celia CRUZ, sa voix puissante et son chant énergique, sont emblématiques de cette «magie» de la Salsa qui a concurrencé le Rock and Roll triomphant dans les années 70, dans les casinos. Johnny PACHECO est l’un des grands maestro qui a développé ses rythmes de salsa, Sabrosura, Rumba, Charanga, Pachanga et Latin jazz. La Salsa, cette musique initialement des lieux mal famés, que Johnny PACHECO a popularisé et ennobli, cette version new-yorkaise des exilés latino-américains, très cuivrée, imprégnée de Jazz, est elle-même née de la rencontre entre le tambour des esclaves noirs et la guitare des colons européens. En effet, la Salsa, littéralement la «sauce», signifiant aussi dans le langage populaire cubain «sensuel» et «attirant», est apparue pour la première fois en 1932, à la Havane, dans un son du cubain Ignacio PINEIRO (1888-1969) qui a pour titre «Echale Salsita» (Balancez la Sauce). Cette musique est, en fait, un mélange culturel de rythmes d’Amérique Latine avec des influences de rythmes africains, et américains tels le Jazz, la Soul, le blues, et des rythmes espagnoles, et se danse, de façon générale, en couple, mais également seul, laissant libre court à l’improvisation.

Johnny PACHECO a été bien un extraordinaire pont, par sa musique endiablée, entre l’Afrique et ses diasporas. En effet, entre la musique latino-américaine et l’Afrique, c’est un mouvement d’aller et retour. Les anciens esclaves n’ont pas, dans leur créativité artistique, oublié le riche patrimoine culturel qu’ils ont adapté et diversifié.

Le continent africain, dès les premières années de l’indépendance, s’est fortement inspiré de la musique cubaine. Johnny PACHECO connaissait bien la Côte-d’Ivoire où il a rencontré l’orchestre «Las Marvillas» du Mali avec son fameux tube «Rendez-vous chez Fatima». Au Congo, le grand Kalle avait lancé «Indépendance cha cha». Un des tubes de Johnny PACHECO est un hommage à la ville de Dakar, capitale du Sénégal. Le musicien sénégalais, Pap SECK, ainsi que l’orchestre Baobab se sont fortement inspirés, dans les années 60 et 70 de cette musique latino-américaine bien connue et dansée par tous les mélomanes africains.

Johnny PACHECO savait danser et jouer de tous les instruments (percussion, flûte, clarinette, saxophone, violon, accordéon), mais c’est la flûte qu’il préférait. Compositeur, ses tubes «Acuyuye», «El Faisan» et «Quitate tu», l’ont rendu célèbre dans le monde entier.

Paris, le 17 février 2021 par Amadou Bal BA – http://baamadou.over-blog.fr/

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