Faut-il se méfier de l’eau du robinet ? L’eau en bouteille est-elle vraiment meilleure pour la santé ? Nous faisons le point l’expert Jean-François Munoz.

Vous le savez : si l’eau du robinet et sa cousine embouteillée se ressemblent, elles ne sont pas les mêmes. Principalement parce que la première circule dans nos canalisations, quand la seconde (ou plutôt les secondes, puisqu’il faut distinguer les eaux de source des eaux minérales naturelles) est directement captée près de sa source.

Mais comme l’explique Jean-François Munoz, directeur du laboratoire d’hydrologie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), elles ont en commun leur grande qualité dans l’hexagone : « En France comme dans la plupart des pays, nous n’avons pas le choix de la qualité ou du distributeur. On ne peut pas, comme avec l’électricité ou le gaz, changer de fournisseur pour avoir un autre produit ou un autre prix. Cela impose d’avoir une qualité la plus commune et la mieux protégée. Le produit est très contrôlé, dans un cadre qui relève de la responsabilité de l’État et des maires de communes. »

Pourtant, de nombreux Français semblent en douter, la consommation d’eau du robinet étant en baisse depuis une quinzaine d’années (chaque Français consomme environ 150 litres d’eau par jour aujourd’hui, contre 164 litres en 2004). Un constat en partie expliqué par une conscience écologique grandissante, mais aussi une méfiance vis à vis de ce produit que certains jugent nuisible pour leur santé. Un préjugé qu’il est bon de balayer, selon Jean-François Munoz, l’eau du robinet est désinfectée. « Elle est chlorée car on ne peut donc pas garantir – sans désinfection – sa qualité microbiologique entre l’usine de traitement, le captage et le robinet. » Et ce même si « d’une région à l’autre, et en fonction de la ressource utilisée pour produire de l’eau potable, la qualité varie. Mais dans certaines limites. On ne peut pas fournir n’importe quelle eau. Dans la vie courante, l’eau du robinet est tout à fait suffisante pour couvrir les besoins en hydratation. »

LE GOÛT DES EAUX
Reste un problème : celui du goût parfois désagréable de cette fameuse eau du robinet, qui pourrait bien être à l’origine du scepticisme de certains. Et ce goût, « c’est celui du chlore qui réagit avec le peu de matières organiques qu’il y a dans l’eau ou les réseaux, explique l’expert de l’Anses. Mais il s’agit de composés très volatils. Si on laisse s’aérer l’eau naturellement, dans une carafe à l’air libre ou dans le frigo pendant 30 minutes, cela permet d’évacuer ces composés. » Autre solution : « Absorber ces composés avec des matières attractives. Et la matière la plus efficace, c’est le charbon actif. Il existe aujourd’hui différents produits qui en contiennent. »

CERTAINES EAUX MINÉRALES NATURELLES ONT DES VERTUS THÉRAPEUTIQUES
Toutefois, si vous pouvez bel et bien continuer à boire de l’eau du robinet sans risques, cette dernière se contente de vous hydrater (ce qui est déjà bien), quand certaines eaux en bouteille affichent des avantages supplémentaires pour la santé : « Pendant de nombreuses années, l’eau minérale naturelle, du fait de ses effets thérapeutiques, a vraiment été considérée comme un médicament et gérée comme tel par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament », rappelle Jean-François Munoz, avant de préciser que l’on trouve ainsi « certaines eaux très salées qui comportent des minéraux qui permettent, sous contrôle médical, d’augmenter la diurèse (la production de l’urine, ndlr.). Ou encore des eaux très sulfatées qui sont très laxatives et indiquées pour les gens qui ont des problèmes de constipation. »

Et ce n’est pas tout : « quand on fait du sport, qu’on transpire beaucoup et qu’on élimine beaucoup de sels minéraux, cette eau est un bon moyen de compenser les pertes. » Celle du robinet, a contrario, est suffisante lorsqu’elle est « complétée par une alimentation saine et équilibrée qui apporte ces éléments nécessaires. »

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