Touba, la ville sainte et « particulière », a suscité des remous face à l’évolution de la pandémie au sein de sa population. Du premier cas déclarés positifs, aux 497 cas enregistrés ce mardi, la cité religieuse s’est démarquée des autres villes. La lutte contre le virus a impliqué la plus haute personnalité religieuse qui s’est engagée personnellement à sensibiliser les fidèles. Cependant, le travail des personnels de santé n’a jamais été facile . Une flambée des cas positifs est notée, mais les soldats de la santé, pilotés par le Pr Moussa Seydi, ont réussi à « maîtriser », la maladie en affichant une hausse du taux de guérison , avec seulement 11 malades hospitalisés. 

Le vacarme quotidien mine les ruelles de Touba. Malgré les 497 cas déclarés positifs au coronavirus , les populations respectent pas les gestes barrières. Tout est figé comme il y a un an. Le commerce, l’activité économique principale des habitants, regroupement personnes de tout âge,  la majorité se passe du port de masque.

A l’entrée de Touba, jusque devant le centre de traitement des épidémies, Matlaboul Fawzeyni, une minorité se protège. Le port général du masque ne semble être effectif qu’aux alentours de l’hôpital. Ici, quelques marchands ambulants et commerçantes se fient aux recommandations du ministère de la santé.

Devant l’hôpital, un petit groupe de personnes, accompagnants et malades, font la queue et  entendent leur tour. Point de distanciation sociale, ni de lavage des mains, seul le masque est « obligatoire ». Pourtant, à quelques mètres, sont hospitalisées, des personnes infectées par le Coronavirus (11 à la date du samedi 20 juin).

La ville compte près de 132 cas communautaires. Mais ce risque de contamination est banalisé par la population. Presque chaque jour, l’apparition de nouveaux cas communautaires à Touba est annoncée par le ministère de la santé lors de de son point journalier sur la Covid19.

A l’intérieur du CTE, tout parait normal. Il y règne un calme bruyant. Les longs couloirs vides affichent une atmosphère de psychose. Pas une souffle de vie. Tout est vide. Le bâtiment, récemment transformé en centre de prise en charge des malades du Covid19, ne respire pas. Aux premiers abords, on y décèle rien qui renvoie à un hôpital, pas d’infirmiers, ni de malades, l’odeur de la peinture récente, empeste les lieux.

Toutes les portes sont fermées et étiquetés en zone rouge et verte. C’est seulement à travers les baies vitrées que scintillent la lumière au milieu de ce décor. On y entrevoit des bureaux, parés de feuilles, gel antiseptique thermo flash, mais vide.

Seul le grand hall ou se réunit  le personnel de santé anime la vie. Ici, elle reprend son souffle, les infirmiers, médecins et bénévoles de la croix rouge, épuisés par la Covid19 s’y retrouvent pour la pause. Un moment de communion et d’échanges, le temps de vivre, sans la pression qu’impose la gestion de la crise.

Leurs visages pâles, marqués par les cernes et une mine fragile, montrent à quel point ces jeunes médecins sont éprouvés. Perdus dans la lutte, Ils  cherchent  en  vain à  vaincre la maladie et convaincre les malades à se soigner.

«Ils n’ont jamais vécu pareil situation, ils sont encore jeunes et se confrontent pour la première fois, aux difficultés que génèrent une pandémie », lance un agent du ministère de la santé. Qui affirme par ailleurs que leurs engagements  est à saluer, ils ne font pas partie de ceux qui grognent pour réclamer la régularisation de leur statut à l’Etat ou aux ministères de tutelle.

Sourire aux lèvres, ils rechignent à nous parler, préfèrent retourner à leurs occupations, déclinant gentiment notre demande. Mais laisse entrevoir à  travers une baie  vitrée, ce qu’est la vie d’un malade infecté par le coronavirus à Touba.

Sur le long d’un des couloirs du CTE, des portes fermées à clés font office de « refuge », pour les cas contacts suivis. « Dans ces chambres, il y a les patients cas contacts que nous suivons, ils sont à l’aise et suivent à la lettre nos recommandations », selon l’un des jeunes médecins.

Sur une autre porte, s’ouvre la zone «interdite d’accès », dite zone rouge, ou une minorité des agents de santé sont autorisés à accéder. C’est là où se trouve le service de réanimation qui s’occupe des cas graves.

De l’autre côté d’une des baies vitrées, deux infirmières, équipées de la tête aux pieds d’une combinaison de protection, font des vas et viens. Ces deux jeunes femmes, sont affectées spécialement au service de réanimation dirigée par une femme médecin infectiologue.

«Elles font un travail remarquable dans cette zone, où la vie peut tenir parfois qu’à un respirateur artificiel ». Le service de réanimation est occupé en partie par les femmes.

Mais ce samedi matin, le service « respirait », il n’y avait qu’un cas grave à surveiller. Au bout de la salle, on apercevait à peine la personne, étendue sur son lit d’hospitalisation, entourée  d’appareils et de files, qui l’aident à lutter contre la Covid19. «Elle est stable pour le moment» rassure-t-on.

Cependant, dans toute lutte, celle menée contre la Covid-19 à Touba est particulièrement «affligeante » pour le personnel de santé. En effet, du refus de test, en passant par celui d’être hospitalisé jusqu’à l’interdiction d’enterrer les malades décédés du coronavirus, le personnel de santé tend à se lasser et certains commence à claquer la porte. Avec le temps, il devient difficile de cumuler surcharge de travail et conditions précaires d’exercices de leurs fonctions.

N’empêche, il y en a encore ceux qui y croient et qui continuent de faire preuve de patience, face aux risques qu’ils encourent. Leur seule motivation est l’envie de gagner cette lutte contre la Covid19. Qui d’ailleurs, semble être perdue d’avance.

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