Les gouvernements de la zone euro doivent envisager l’émission de coronabonds, des obligations communes permettant de financer la lutte contre le coronavirus et le choc économique en cours, afin d’empêcher que s’y ajoute une nouvelle crise des dettes souveraines, estime lundi 23 mars 2020 Carlos Costa, l’un des membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).

Dans une tribune adressée à Reuters, le gouverneur de la Banque du Portugal écrit qu’une réponse européenne commune et de grande ampleur est nécessaire pour compléter les mesures annoncées par la BCE et les marges budgétaires accordées par la Commission européenne.

Un échec de la coopération dans cette crise laisserait des cicatrices permanentes sur le projet européen, ajoute-t-il, estimant que des solutions doivent être trouvées afin d’éviter que l’urgence du coronavirus devienne une deuxième crise de la dette souveraine.

Assouplir les règles en période de crise

Vendredi, la Commission européenne a ouvert la porte à un assouplissement des règles en vigueur en matière de dette publique des États membres et à l’émission en commun d’emprunts obligataires.

Pour Carlos Costa, si tous les États membres ne parlent pas d’une seule voix quelle que soit leur situation budgétaire, ils prendront le risque de laisser les marchés financiers exploiter le maillon faible.

«exploiter le maillon faible»

La première crise de la dette, de 2010 à 2012, qui avait mis en question la survie même de la monnaie unique, avait été déclenchée par des ventes massives d’emprunts grecs et portugais, deux pays considérés comme les plus en difficulté de la région à l’époque en raison de leur endettement élevé et de la dégradation de leurs perspectives économiques.

Athènes et surtout Lisbonne ont depuis renoué avec la croissance et progressé dans l’assainissement de leurs finances publiques mais affichent toujours des niveaux d’endettement parmi les plus élevés de l’Union.

Pour Carlos Costa, la flexibilité accrue de la Commission européenne sur les règles budgétaires et les aides d’État est bienvenue mais insuffisante. A ses yeux, certaines des solutions évoquées ces derniers jours, comme le recours à des lignes de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES), ne feraient que gonfler un peu plus les dettes des États.

Il juge donc que l’émission d’obligations à l’échelle de la zone euro dans son ensemble serait la solution appropriée même s’il prend acte de l’absence d’un véhicule d’émission approprié et plaide donc pour des solutions innovantes.

Une option qui mérite une analyse plus approfondie est la possibilité que le MES émette des ‘coronabonds’ et que le produit soit alloué à tous les pays membres qui en ont besoin, écrit-il.

Ces obligations, remboursables sur le long terme via le budget de l’Union européenne, pourraient avoir des maturités très longues, de plusieurs décennies, afin d’étaler autant que possible les contributions annuelles des États membres. Elles pourraient financer à la fois les efforts de lutte contre l’épidémie et ceux visant à limiter son impact économique.

 

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