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«Basculement d’une Europe cosmopolite, vers une Europe identitaire, de la Préférence nationale, «Un Contrat racial» suivant le titre d’un ouvrage de Charles Wade MILLS. Elections européennes du 9 juin 2024 à très haut risque. Vigilance de tous les Républicains !», par Amadou Bal BA –

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La revue Esprit, fondée par Emmanuel MOUNIER, (Voir mon article, Médiapart, 20 octobre 2022) a organisé ce jeudi 11 avril 2024, à Paris 3ème, un débat d’une grande qualité sur les élections européennes du 9 janvier 2024. On est une période de bascule où l’Europe, jusqu’ici se drapant du manteau des Lumières, championne de la démocratie, de la paix, du cosmopolitisme, et des droits de l’Homme, marche, désormais, sans complexe et de façon ostentatoire et assumée, vers une Europe identitaire et des Ténèbres assumées ; et tout cela sur la question des migrations du tiers-monde, à la suite de guerres locales qu’elle avait provoquées et perdues. Dans la construction européenne, Jürgen HABERMAS, un philosophe allemand a défendu le concept de patriotisme constitutionnel fondé sur l’adhésion aux principes universalistes, sous-tendant un État de droit, la démocratie, par opposition au sentiment particulariste d’appartenance à la nation comme entité historique concrète. L’Europe devrait au sortir de la guerre assumer son cosmopolitisme et affirmer son attachement à l’Etat de droit.

Cependant, et à partir de 2015, à la suite de guerres locales engagées par l’Occident, et donc l’arrivée des réfugiés du Tiers-monde dont les pays ont été saccagés injustement, notamment Syriens, Irakiens, Kurdes, Libyens, et Afghans, la fermeture des frontières, a changé la donne. Après le Brexit l’Europe n’a pas explosé, mais a non seulement accueilli les gouvernements populistes et xénophobes, comme en particulier l’Italie de Georgia MELONI, mais a donc surtout réorienté sa gouvernance vers la Préférence nationale. En effet, la poussée de gouvernements xénophobes, en Hongrie, en Suède, en Hollande et en Slovaquie, ont favorisé, au Parlement européen, un accord du 10 avril 2024 sur le Pacte migratoire et l’asile. «Nous avons écrit une page d’histoire. Cela fait plus de dix ans que nous y travaillons. Mais nous avons tenu parole. Un équilibre entre solidarité et responsabilité. Telle est la voie européenne», dit, sans aune pudeur, Roberta METSOLA, Présidente du Parlement européen. En fait, ce Pacte européen migratoire et l’asile, une victoire des idées d’extrême droite et racistes, entend durcir les contrôles des arrivées aux frontières du bloc et mettre en place un système de solidarité entre États membres. Il existe «un filtrage» des immigrés à la frontière, et notamment des demandeurs d’asile. Les données recueillies, dans une base «Eurodac» et sont partagées avec tous les autres membres de l’Union européenne. Dans le cadre d’une «procédure de frontière», les immigrés, et notamment des pays du tiers-monde, seront retenus dans des centres, avec leurs enfants, même s’ils sont mineurs, le temps que leur dossier soit examiné de façon accélérée, dans le but de renvoyer les déboutés plus rapidement.

Par conséquent, en raison de ce grand virage et de cet unanimisme européen autour de la Préférence nationale, les élections européennes du 9 juin 2024 sont à haut risque, plus personne, y compris chez les jeunes, ne redoute, un gouvernement d’extrême droite, dont les idées sont maintenant légitimées par une Europe identitaire. En effet, tous sont d’accord sur la fermeture des frontières aux ressortissants du tiers-monde, tout en accueillant, généreusement et massivement les Ukrainiens, avec leurs chiens et leurs chats, en acceptant même de les héberger. À défaut d’errer dans les rues, les demandeurs d’asile du tiers-monde sont ballotés d’un endroit à l’autre, et leur arrivée dans une autre ville suscite à chaque fois des manifestations, très hostiles, de l’extrême droite. Désormais, sans aucune honte, l’Europe assume le contrat racial théorisé par Charles Wade MILLS (Voir mon article, Médiapart, 13 décembre 2023), à savoir, que ce continent quand il parle de droits de l’Homme, ne pense qu’à l’homme blanc. L’Europe, dénazifiée, n’a donc jamais été décolonisée, mentalement.

Les Occidentaux, fustigeant le Tsar de la Russie, à justice titre, dans son agression contre l’Ukraine, dans leur indignation sélective et amnésique, ont oublié que ce sont les massacres coloniaux, notamment en Indochine et au Vietnam qui ont occasionné un déplacement d’une masse importante de réfugiés asiatiques dans le XIIIème arrondissement de Paris et à Belleville. C’est également le massacre à Sétif du 8 mai 1945, en Algérie, élément déclencheur de la guerre d’indépendance, qui va conduire, à la fin des affrontements, en 1962, à l’arrivée en France, de plus de 3 millions Harkis. Saddam HUSSEIN (1937-2006) a été pendu, et il n’y avait pas d’armes chimiques dans son pays ; c’est l’assassinat de Mouammar KADHAFI (1942-2011) qui a répandu les djihadistes, fuyant la Libye, à travers le Sahel ; ce qui à la perte de la France d’une partie de son précarré, au Mali, au Burkina Faso et au Niger. «Qui donc tremble devant la liberté, si ce n’est la tyrannie ? La liberté menace, ce qui effraie en elle, c’est le bruit de ses fers. Dès qu’elle les a rompus, elle n’est plus tumultueuse ; elle est calme et sage», écrit Anselme BELLEGARRIGUE, dans «Manifeste de l’anarchie». Pendant qu’on dénonce, à grands renforts et tapages médiatiques, la Russie, la Chine, les immigrés et l’islamisme, «ceux qui portent le monde sur leurs épaules » en référence à une expression de Cheikh Hamidou KANE, des tueurs impitoyables, avancent, maintenant à visage découvert, la démocratie dont ils parlent, n’est ni pour la femme, ni pour les LGBTQIA+ ou les racisés ; mais est et reste une démocratie ethnique, «un privilège de l’homme blanc», en référence à une expression de Jean-Paul SARTRE.

Somme toute, les digues sont tombées ; plus aucune pudeur, ni complexe, les militants d’extrême droite ne cachent plus maintenant la laideur et la violence de leurs idées antirépublicaines, comme cela été exprimé dans la polémique raciste concernant la chanteuse Aya NAKUMURA (Voir mon article Médiapart, 12 mars 2024). Même une partie de la communauté juive, qui avait, à l’époque, fustigé le «détail de l’histoire» de Jean-Marie LE PEN, dont curieusement Serge KLARSFELD, le célèbre chasseur de nazis, recevant une médaille de Louis ALLIOT, maire RN de Perpignan, disait le 12 octobre 2022 que le RN avait «évolué». Ça dépend à l’égard de qui ? Auparavant, Julien DRAY, un membre fondateur de SOS-RACISME, voulait nous convaincre, en juin 2020, chez C-News, la télévision de la Françafrique, que le Code noir de Jean serait «un progrès». Par ailleurs, on sait maintenant que les tags antisémites, fin octobre 2023, à la suite de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël, ne sont pas l’œuvre de jeunes musulmans de la banlieue, mais un coup de la Russie, pour ficher le bazar en France. Et pourtant le CRIF a accepté une manifestation du 7 novembre 2023, des Juifs avec l’extrême droite. Je dis à mes amis et frères de la communauté juive, on ne mange pas avec le diable, même avec une longue cuiller. Nous devrions, tous, ensemble, être solidaires, contre la montée du fascisme, rappelant des périodes sombres de l’histoire de l’Europe. Primo LEVI (1919-1987), prix Nobel de littérature, avait dit «plus jamais cela !» et dans un poème liminaire : «Vous qui vivez en toute quiétude bien au chaud dans vos maisons. Vous qui trouvez le soir en rentrant la table mise et des visages amis, considérez si c’est un homme que celui qui peine dans la boue, qui ne connaît pas de repos, qui se bat pour un quignon de pain, qui meurt pour un oui pour un non. N’oubliez pas que cela fut», écrit-il, dans «Si c’est un Homme».

Le RN, un parti fondé sur l’inégalité des races, donc une valeur antirépublicaine, qui faisait moins de 1% avant 1982, est désormais présent, depuis 2002, au deuxième tour de chaque élection présidentielle ; et, a raflé, aux dernières législatives de 2023, 88 postes de députés, contre 8 députés en 2017. Un record pour l’extrême droite ! Désormais, le succès et la légitimation des idées racistes ont conquis l’Europe, et probablement une bonne sphère du camp occidental, si Donald TRUMP revenait au pouvoir, et une partie de la droite lepénisée, les Républicains, à travers leur projet de loi au Sénat sur l’immigration de préférence nationale et heureusement retoqué par le Conseil constitutionnel. À la suite de cette censure du Conseil constitutionnel, de l’échec du RN d’une tentative d’un référendum sur l’immigration, ce Pacte européen sur l’immigration et l’asile, valide désormais, les idées populistes et xénophobes.

Dans cette grande débâcle de la pensée républicaine qui arrive, les racisés, étant désormais devenus des Juifs d’Europe comme en 1940, le président Emmanuel MACRON en porte, en grande partie, une très lourde responsabilité. En 2017, au premier tour, j’avais soutenu Benoît HAMON, et au deuxième tour, comme tous les Républicains, et pour faire barrage au RN, j’ai appelé à voter pour le candidat Emmanuel MACRON. Il avait dit, un court instant, que le colonialisme est un crime contre l’humanité, promu de nombreux racisés députés et ministres mais qu’il congédiera. Dans son « ni de de droite, ni de gauche », en fait, président des riches, Emmanuel MACRON, fait du LE PEN sans LE PEN, d’abord par une équipe gouvernementale sarkozyste, avec Moussa DARMIN, et maintenant ce gouvernement ouvertement lepéniste de Gabriel ATTAL. Dans un enfumage, pendant qu’on fustige les racisés, les immigrés et les musulmans et qu’on agite le chiffon rouge de la Russie, les Républicains éclairés savent les réformes de casse sociale (Retraite, chômage, précarisation des travailleurs par une ubérisation de la société), ne concernent pas seulement que les racisés, elles affectent toute la société française, dans son intégralité. L’histoire jugera cette grave trahison des valeurs républicaines pour des calculs politiciens. J’ai choisi clairement de refuser cette forfaiture et de défendre la vraie France contre les imposteurs et les faussaires, celle de la République, de l’égalité, de la tolérance, de la fraternité et du bien-vivre ensemble dans le respect mutuel.

Pour être respecté, il faut se respecter soi-même. Or, dans les faits, si le racisme décomplexé ne cesse gravement d’avancer dans la société française, au point de menacer la République pour les présidentielles de 2027, c’est que les racisés en portent une très lourde et écrasante responsabilité. Vautrés, souvent dans la consommation et la dépendance ainsi que la victimisation, ils refusent de conquérir les lieux de décisions politiques, économiques et culturels, en s’alliant avec les Français progressistes. Cibles d’attaques permanentes racistes, notamment dans les chaînes d’information continue de la Françafrique et de la part des partis xénophobes, les racisés rasent les murs, courbent l’échine, endurent et font semblant de croire que cette débâcle qui arrive des valeurs républicaines et la mise en place progressivement d’un Code de l’indigénat d’un système de préférence nationale ne les concerneraient pas. Erreur tragique que cet aveuglement et cette inconscience mortifère pour leur survie ! «Un homme meurt lorsqu’il refuse de défendre ce qui est juste. Un homme meurt lorsqu’il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt lorsqu’il refuse de prendre position sur ce qui est vrai. Un homme qui ne veut pas mourir pour quelque chose de juste, ne mérite pas de vivre», disait en mars 1965, à Selma, Martin Luther KING.

En définitive, devant ces menaces graves pesant sur la démocratie et la République, j’invite donc tous les partisans du bien-vivre ensemble, par une jonction des luttes, et en particulier, tous les racisés à ne pas s’abstenir aux élections européennes du 9 juin 2024, en votant très massivement, pour les valeurs d’égalité et du cosmopolitisme. En effet, le combat pour la République et l’universalisme ne cesse de régresser, en raison déjà des forces de gauche qui devaient le porter, très haut : «La gauche politique fut le plus souvent divisée, mais ce qui unissait le peuple de gauche, c’était la foi commune en Liberté, Égalité, Fraternité. Nous sommes dans une période de régression ; nous ne savons si elle durera ; nous craignons de savoir où elle nous entraînera. Espérons qu’un jour, on ne sait quand, la devise trinitaire sera régénérée et que le soleil de 1789 éclairera une gauche elle-même régénérée», écrit, Edgar MORIN, un exceptionnel humaniste, effrayé par la montée de la xénophobie, dans le camp dit de la liberté et des droits de l’Homme.

Références bibliographiques

DELEIXHE (Martin) LACROIX (Justine), «Une culture politique commune : le patriotisme européen à l’épreuve du monde», Revue Esprit, avril 2024, pages 89-100 ;

HABERMAS (Jürgen), Patriotisme constitutionnel et nationalisme, traduction de Frédérick Guillaume Dufour, Paris, Liber, 2001, 234 pages ;

HABERMAS (Jürgen), L’avenir de la démocratie, Clotilde Nouët éditrice, Paris, Bouquins, La collection, 2024, 896 pages ;

MORIN (Edgar), Où est passée le peuple de gauche ?, La Tour d’Aigues, éditions de l’Aube, 2017, 88 pages ;

BELLEGARRIGUE (Anselme), Manifeste de l’anarchie. Suivi au fait, au fait !! Interprétation de l’idée de démocratie, Québec, Luxe éditeur, collection Instinct de liberté, 2022, 128 pages ;

LEVI (Primo), Si c’est un Homme, traduit par Martine Schruoffeneger, Paris, Julliard, 1988, 213 pages ;

BA (Amadou, Bal), «Charles Wade Mills et son livre : le contrat racial», Médiapart, 13 décembre 2023 ;

BA (Amadou, Bal), «Aya Nakamura. Chanteuse de la diversité. Une polémique raciste», Médiapart, 12 mars 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «Gabriel Attal : un gouvernement sarkozyste et identitaire», Médiapart, 15 janvier 2024 ;

BA (Amadou, Bal), «La montée des périls, en France et en Europe», Médiapart, 6 novembre 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Abstention au 2e tour des législatives, entre la peste et le choléra», Médiapart, 10 avril 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Une lepénisation accentuée des esprits», Médiapart, 8 novembre 2018 ;

BA (Amadou, Bal), «Universalisme républicain en danger», Médiapart, 6 avril 2022 ;

BA (Amadou, Bal), «Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit», Médiapart, 20 octobre 2022.

Paris, le 11 avril 2024, actualisé el 17 avril 2024, par Amadou Bal BA –

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