Barack OBAMA, prix Nobel de la paix, dans une interview accordée à François BUSNEL, de France 2, parle de ses mémoires, un récit intime et introspectif, d’un militant associatif devenu premier président noir des Etats-Unis. Homme habité par l’espoir et l’espérance, président très cultivé, Barack OBAMA porte un regard et une appréciation extraordinaires sur l’Amérique et le monde. Le leadership peut être charismatique ou bureaucratique. Quand on est au pouvoir, à un niveau de responsabilité, il peut y avoir un décalage entre le cérémoniel et ce qu’on est vraiment, sa vraie personnalité. Le danger, c’est qu’on devienne hors sol, et on finit par croire au cérémoniel, et en oubliant que si on est au pouvoir, c’est grâce aux électeurs.

Barack OBAMA, en président amoureux des belles lettres, la littérature «l’a aidé à gouverner». Grand lecteur et admirateur de Toni MORRISON : «j’ai eu un grand privilège de fréquenter Toni Morrison. L’un des avantages d’être président, c’est de rencontrer des personnes que vous avez idolâtrées». C’est en lisant certains de ses livres, comme «Le chant de Salomon», «Sula» ou «L’œil le plus beau», que Barack OBAMA a perfectionné la qualité de son expression écrite. Toni MORRISON «est quelqu’un qui m’a appris à écrire. Je n’ai pas suivi de cours d’écriture créative ni appris à écrire de manière formelle. J’ai appris par la lecture et ses livres qui étaient une université où apprendre à s’exprimer et à décrire de belle façon les questions humaines les plus fondamentales. Peut-être que j’ai apporté des aspects d’une sensibilité littéraire à la présidence» dit-il.

Après ces années terribles de Donald TRUMP avec ses théories complotistes, son profond mépris de la différence, la démocratie américaine a vacillé. L’arrivée de Donald TRUMP au pouvoir est dû au sentiment de déclassement des petits Blancs : «J’avais une assez bonne réputation auprès du peuple américain (…). Mais ce qui était clair, c’était les divisions dues aux réactions de la mondialisation, le fait que les habitants des zones urbaines avaient mieux réussi économiquement et qu’ils avaient adopté un point de vue plus cosmopolite, qu’ils acceptaient et encourageaient la diversité. Tout cela a laissé à beaucoup de gens qui vivent dans les zones rurales, le sentiment d’avoir perdu leur statut» dit-il. Certains médias ont joué sur ces divisions et Donald TRUMP l’a exploité : «Je pense que les médias de droite ont attisé tous ces ressentiments et ont encouragé les gens à penser, d’une certaine manière, que l’Amérique dont ils se souvenaient n’existait plus. Et ça, c’est très puissant. Le politique (…) ce n’est pas seulement une question matérielle. C’est souvent une question d’histoires concurrentes pour dire qui nous sommes, ce que signifie notre vie, notre identité. La majorité des Américains a adopté l’histoire que je leur ai racontée, mais un grand nombre ne l’a pas fait et Donald Trump a certainement reflété cela»dit-il.

Le pays est profondément divisé, plus que jamais. «Je crois que les résultats de cette élection sont un nouveau départ. Comme je l’explique dans le livre, le pays est réellement divisé. C’était le cas avant Donald Trump, mais cela s’est sans doute accéléré sous sa présidence» dit-il. La victoire du ticket BIDEN-HARRIS, aux présidentielles du 3 novembre 2020, a remis les choses à l’endroit ; c’est le retour à une certaine normalité, c’est «un retour à certaines normes (…) essentielles à la démocratie». Joe BIDEN est un «homme décent, honnête et loyal». En cette année 2020, l’affaire George FLOYD ayant secoué le monde entier, est un puissante réprobation de ce racisme institutionnel et systémique et un appel à plus de Justice, de Solidarité et de Fraternité. «On ne peut pas résoudre un problème en prétendant qu’il n’existe pas (…). Un des débats qui fait rage en Amérique, c’est : comment peut-on surmonter notre fossé racial ? L’esclavage, la ségrégation… On ne peut pas prétendre que ça n’a jamais existé, parce que ça continue à avoir une énorme influence aujourd’hui. Nous sommes en pleine pandémie, et les taux de mortalité sont nettement plus élevés chez les Noirs et les gens de couleur. Tout ça remonte au passé» dit Barack OBAMA. Il faudrait sortir du déni permanent ou du ressentiment : « fouiller ce passé, pour le regarder d’une manière honnête. C’est ce regard honnête, qui permettra d’assumer ce passé et de s’en libérer, comme l’Allemagne a dû regarder de près son passé nazi ou l’Afrique du Sud ; ce qui s’est passé pendant l’apartheid. « Les Etats-Unis d’Amérique doivent travailler davantage ces questions (…). Nous avons tous la responsabilité d’aller de l’avant sur un chemin meilleur que celui du passé» précise-t-il. Chacun de nous a une responsabilité : contribuer à rendre le monde habitable et meilleur. Il faudrait que les jeunes, eux aussi, prennent la parole et s’expriment. Chaque citoyen devrait quitter le statut de spectateur pour se rendre utile à lui-même et à la société, pour le Bien commun. Il faudrait pouvoir regarder l’autre en le reconnaissant dans son humanité.

Barack OBAMA est partisan du multilatéralisme, de relations étroites avec l’Europe. Donald TRUMP a affaibli la relation avec le vieux continent. Il brosse le portrait de différentes personnalités. Ainsi, le président Nicolas SARKOZY est décrit un personnage constamment en mouvement, avec une grande énergie. Il aimait qu’on fasse attention à lui. Mais Nicolas SARKOZY, ce sont des «emportements émotifs et les discussions avec lui, étaient tour à tour amusantes et exaspérantes, ses mains bougeaient en mouvement perpétuel, sa poitrine bombée, comme celle d’un coq nain. Ce qui faisait défaut à Sarkozy en matière de cohérence idéologique, il le compensait par l’audace, le charme et une énergie frénétique. Dès lors qu’il s’agissait de stratégie politique, [il] n’hésitait pas à faire de grands écarts, souvent poussé par les gros titres ou l’opportunisme politique» écrit OBAMA. Il a de l’estime et de la considération pour la chancelière allemande, Angela MERKEL, en dépit de son tempérament conservateur «Je la trouvais sérieuse, honnête, intellectuellement exigeante et instinctivement bienveillante. C’est une politicienne aguerrie qui connaissait bien ses électeurs» écrit-il.

Une gratitude et reconnaissance infinie à France 2, après son documentaire sur la colonisation, d’avoir donné la parole à Barack OBAMA, un homme dont l’action, après le mandat calamiteux de Donald TRUMP, permis par le précédent qu’il avait créé à Kamala HARRIS d’entrer dans l’Histoire. Quand, il y a de cela 40 ans, un homme exceptionnel, François MITTERRAND, avait libéré les ondes, je m’étais extasié, sans retenue. «L’ORTF, c’est la voix de la France» disaient ces gaullistes conservateurs qui avaient brimé le pluralisme et la liberté. Et puis vinrent les télévisions de BERLUSCONI et tous ces spectacles affligeants pour l’entendement humain.

De nos jours certains médias attisent le poison de la haine et de la division. Le pouvoir médiatique préfère le bruit, la puissance de l’image, au détriment du débat de fond et de l’empathie. Le pluralisme médiatique, quand il est confisqué par quelques grands groupes financiers, est devenu une insulte grave à la démocratie. Comme quoi, le service public, quand il quitte la logique de l’audimat et de la rentabilité, peut réaliser de grandes et belles choses, afin de restaurer la bonne image de cette extraordinaire France que nous chérissons, et la seule : celle de la République.

OBAMA (Barack), Terre promise, Paris, Fayard, 2020, 848 pages, prix 32 € ;

OBAMA (Barack), Les rêves de mon père, traduction Danièle Darneau, Paris, Points, 2018, 550 pages ;

OBAMA (Barack), L’audace d’espérer, une nouvelle conception de la politique américaine, Presses de la Cité, 2007, 368 pages.

Paris le 17 novembre 2020 par Amadou Bal BA – http://baamadou.over-blog.fr/

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