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Veuves et Covid-19: Une détermination autour de la dépense quotidienne

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Mères de familles, mères célibataires et veuves, des couches de la société qui sont spécialement touchées par la pandémie du coronavirus. Cela, malgré les statuts de débrouillardes. L’organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que les femmes ont plus vécu la misère causée par cette « calamité’’ au niveau mondial. Ces dernières, seules dans la gestion de la famille, ont subi les foudres de la Covid19. Ces « mères-pères’’ (Elles jouent le rôle des deux parents dans la famille), ont galéré. Elles étouffent face aux mesures prises pour freiner la propagation du coronavirus. Ces veuves, n’ont pas toujours le choix. Elles sont parfois tenues d’affronter la fièvre du coronavirus pour s’occuper de leurs enfants. Car la réversion (pension), un leg souvent du défunt mari n’est jamais suffisant pour assurer une vie tranquille à leur famille .

Mbour, en cette matinée d’octobre, le soleil brûle de par ses rayons scintillants en plein cuir chevelure. La chaleur est d’appoint. On frappe à une porte métallique qui  garde à peine la  couleur  rouge de  la  peinture.  Cette porte, enjolive cependant la façade d’une maison qui visiblement est en chantier. Une petite voix s’échappe de l’intérieur s’interrogeant sur notre visite. C’est l’un des enfants de Rokhaya, mère au foyer, veuve du Sergent Abdou Ndiaye, un sapeur-pompier décédé en fonction, qui nous ouvre la porte.

Dans la maison l’accueil est plus chaleureux. Rokhaya et ses quatre enfant (âgés de 5, 8, 10 ans) nous accueillent sourire aux lèvres. Pendant les salamalecs d’usage, elle s’explique déjà sur l’état de la maison. Les travaux ne sont pas achevés, le destin n’a pas laissé à son mari le temps de terminer. Une mort qui survient au moment où il devait   carreler et peindre la demeure.

La porte d’entrée franchie, place est prise dans la grande cour, sous le manguier. Ici, les branches   et les feuilles de l’arbre cachent bien les rayons du soleil. Ils agitent même de l’air qui offre une petite fraîcheur en cette période caniculaire. Un furtif coup d’œil   vers le côté gauche de la cour renseigne sur deux cages. A gauche, se trouvent deux cages en bois, faisant office de poulailler pour les dames de la maison. Ce jour, aucun poussin n’y était. La pandémie en est la cause. Elles vendent à perte ou ne trouvent pas de client. Et pourtant l’élevage et la vente de poulets leurs permettait de tenir la maison avec le décès du mari.

Un Calvaire nommé Covid-19

La Covid-19 leurs a imposé une pause. Et la pension ne suffit pas pour assurer la dépense quotidienne. «100 000 FCFA ne peut pas nourrir, loger et blanchir plus de 11 enfants et leurs mères. Ce business, très difficile à maitriser, avec les risques de pertes, fut un moment, le « sauveur » de la famille Ndiaye» renseigne une des veuves.

Rokhaya, deuxième femme du sergent Ndiaye, en semi confinement, raconte, comment elle a réussi à sortir la tête de l’eau, avec la vente de poulets. Mais regrette hélas la pandémie, seul bémol de sa survie. «Je vendais des poulets au moment de la crise due au covid19. C’était la seule activité à faire puisque les petits (e) commerces que je faisais ne marchaient plus les gens avaient peur de sortir», explique Mme Ndiaye. Mais ce n’était pas de tout repos pour la dame.

La vente se passait très mal parfois. Les clients se faisaient rares. Il lui arrivait de bazarder ses produits. « Je vendais des poulets de 5000 à 3000 FCFA. Je travaillais à perte parce que les gens n’achetaient même plus ». Des difficultés qui n’ont pas affaibli la mère au foyer. « » ; assure-t-elle.

«Le coronavirus nous a infligé des souffrances terribles en tant que veuves. L’Etat devrait augmenter les pensions et assister davantage les enfants surtout en ce qui concerne leur scolarité. Ou bien qu’il augmente la somme pour aider les femmes à s’occuper dignement de leur famille » invite-t-elle l’Etat. Des moments durs qu’elle a partagé avec sa coépouse, elle aussi mère au foyer.

Aïssatou, première femme du défunt sergent est la mère de plus de la majorité des enfants mineurs. Sa pension à elle aussi ne comble pas ses dépenses. Elle s’est jointe, à un moment à sa coépouse, dans l’élevage de poulets, pour compléter le gap financier creuser par la pandémie. Elle raconte : « Je suis la veuve d’un sapeurs-pompiers mais la pension de veuvage ne suffit pas pour combler nos dépenses. On essaye de faire du commerce. Je vends du pain de singe, du ‘’bissap’’, des arachides et des jus locaux. Quand on est seule, avec des enfants on ne peut pas se contenter d’une pension alimentaire. On se rue vers tout ce qui peut nous rapporter de l’argent ». «Et c’était pire au moment des mesures restrictives pour lutter contre le virus. On ne pouvait aller nulle part, les gens étaient trop méfiants. Même pour aller au marché c’était difficile» se souvient Aissatou.

Plus de considération…

Obligée de rester à la maison, la seule solution était l’élevage de poulets pour elle aussi. « Je vendais des poulets mais c’était difficile par ce que rien ne marchait ».  Néanmoins, elle a réussi à élever et vendre des poulets. « On a tout diminué et limité nos dépenses. On vendait à perte pour faire plaisir à nos enfants ». Pour elle, un enfant de 5 ans n’est pas conscient de l’absence de son père. « Ils n’ont que leur désir que nous mères devrons satisfaire, à nos dépends. Et il faut que l’Etat nous assiste de manière plus conséquente ».

Ces deux femmes, mères au foyer veulent plus de considération pour leurs enfants. Parce que, soulignent-elles, leur époux a servi 29 ans de 1989 à 2017 pour la Brigade nationale des sapeurs-pompiers, avant de tomber malade et décéder par la suite. « Ce fut une situation dure  pour nous », avouent-elles. « Il était tout pour nous, et tu te lèves un bon jour, la personne qui, subvenait à tous nos besoins n’est plus parmi nous, laissant derrière lui 11 enfants. Et c’est à nous ses deux femmes de prendre la relève sur les charges de la famille, la scolarité des enfants, tout« .

… Dans le reversement des pensions

Pour percevoir leur pension, le laxisme dans les démarches administratives ralentit la perception de ces pécules.   » nous avons attendu 12 mois »n précisent-elles.  Une année si longue pendant laquelle, ces veuves ont cumulé la douleur de perdre son mari et la persistance des besoins des enfants sans compter la dépense quotidienne.  Des moments tellement durs au point que les braves dames les assimilent à « l’interminable attente’’. « On a perçu nos indemnités de veuvage, un an après. On reçoit en moyenne près de 100.000 Francs pour 10 enfants ainsi que les charges de la maison.  Donc on est obligée de se rabattre vers les « xar matt » (multiplier les activités) en faisant des prêts pour faire de l’aviculture, vendre les poulets, des crèmes glaces et congeler des poissons et de la viande moyennant une petite somme ».

L’alternative des associations de femmes veuves

Au moment des mesures restrictives pour lutter contre le coronavirus, la Brigade nationale des sapeurs-pompiers a octroyé de l’aide alimentaire aux veuves. « Ils nous ont vraiment assisté avec des vivres et tout le nécessaire », avoue-t- Mme Aissatou Diouma Coly Sow.  Comme pour dire que l’entraide et l’association est la solution. Il y existe désormais une association des épouses et veuves des sapeurs-pompiers du Sénégal. La présidente Aissatou Diouma Coly Sow ,  explique que la plupart des veuves sont jeunes et sans emplois et l’objectif de l’association est de les aider à entreprendre, avoir des activités génératrices de revenus. «On compte faire du micro-jardinage, de l’aviculture pour nous en sortir. Cela dans le but, de vendre pour subvenir à nos besoins ».*

Au-delà de l’aspect financier, ce regroupement est un espace de cure pour panser nos peines et se libérer de leurs chagrins. «Le but est aussi d’amoindrir la douleur, vivre sans stresse. Grace à ces rencontres, on a   la possibilité de se libérer, se confier et échanger sur nos projets », se réjouit Mme Thiam. Pour elle, à la place d’un 500 000 Fcfa on te donne 100 000 Fcfa, un changement radical et très dur à supporter. « Rien ne peut remplacer la place d’un époux dans la vie d’une femme. La pension ne peut pas combler tous les manquements. Il reste toujours des choses à faire« .

 Droits des veuves et demande de réversion ou pension de veuvage

En ce qui concerne la loi, il est possible de demander la réversion de la pension et le capital-décès pour un fonctionnaire décédé en activité. Lorsqu’un agent de l’Etat en activité décède, ses ayants-cause peuvent demander la liquidation et la réversion de ses droits à pension de même que le paiement du capital décès à la Direction des Pensions. Les ayants-cause du défunt ou toute personne dûment mandatée par eux (Direction générale du Budget).

Droits des veuves et religion

« Il n’y pas de traitement particulier pour les veuves en période de pandémie. La veuve et les orphelins doivent être soutenus selon la religion par les deux familles. La famille du père des enfants et la famille de la femme. L’obligation incombait à son mari de son vivant. Mais s’il n’est plus là, c’est les parents qui doivent la soutenir des deux côtés ». C’est l’explication d’Imam Ahmadou Mactar Kanté.  Qui ajoute que : «Ce que l’Etat doit faire pour toutes les femmes, il devra le faire pour toutes les familles vulnérables. Il est sûr que les veuves sont vulnérables et l’Etat doit certainement mettre en place des mesures d’accompagnements pour ces femmes comme les ministères de la femme, des agences d’appuis».

A l’en croire, en ce qui concerne l’islam la solidarité est une obligation, les outils et les moyens de le faire dépendent du contexte et de l’imagination des responsables. » L’Etat est le premier responsable et il doit avoir une politique sociale qui est favorable aux plus démunis. La somme à donner pour venir en aide à ces femmes est laissée à l’appréciation de l’Etat en fonction de ses moyens dans chaque pays« .

 

 

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