Restitution des oeuvres africains : “Le piège de la réparation”

Dans le rapport qu’ils ont rendu au President français Emmanuel Macron, Felwine Sarr et Benedicte Savoy recommandent la restitution des oeuvres d’art du continent africain. Au total, le rapport a répertorié 90 mille  oeuvres d’art africaines dans les musées  français. Les 70 mille étant détenues par le Musée du Quai Brandy. Si toutes les oeuvres n’ont pas vocation à être rendues comme le fait remarquer le Pr Sarr, l’Afrique peut espérer tout de même reprendre possession d’un nombre important important d’oeuvres d’art rapportées en France durant la période coloniale. Mais aujourd’hui, en même temps que les Africains reprennent espoir de voir les oeuvres de leurs ancêtres ramenées  en terre Africaine, des voix s’élèvent pour poser la question de la réparation.

En effet, pendant des années, ces objets d’art africains ont été exposés dans des collections abritées par les plus grands musées d’Europe et d’Amérique. Des années pendant lesquels ces musées  ont récolté des millions d’euros en termes de droits d’entrée. Pour Babacar Mbaye Diop, critique d’art et ancien secrétaire général de la biennale de Dakar, demander des réparations est une chose toute naturelle. “Ils nous disent qu’ils veulent nous restituer  nos objets. D’abord ! Mais imaginez que pendant plus d’un siècle, les entrées dans les musées européens, ce sont des milliards. Ils restituent nos objects, mais ils ont fait beaucoup d’argent”, confie l’expert.

Auteur du rapport, le Pr Felwine Sarr rejette cette opinion. Pour lui, toute réparation doit être “symbolique”. Ce qui  nous a été pris est incompensable et incommensurable. Quand nous donnons un équivalent monétaire, nous le déprécions. On nous a pris des réserves d’énergie, des réserves qu’on ne pourra jamais évaluer  financièrement”, précisait le pr Sarr il y a quelques semaines en marche d’une cérémonie de présentation de l’ouvrage tiré du rapport Sarr/Savoy, au Warc. “Toute évaluation financière est en deca de ce qui  nous a été pris. Donc, si nous acceptons une réparation financière, nous dévaluons ce qui nous a été pris  et deuxièmement nous acceptons qu’ils nous ont payé et que c’est fini, que nous devons nous taire, nous n’avons plus rien à réclamer, nous n’avons plus un débat sur l’histoire à faire avec eux et  nous n’apprenons plus puisque la transaction a été faite et elle alterne la relation”, soutient Felwine Sarr, qui dit que parler de réparation est un “piège “.

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