Immigration: ces aspirants Québécois veulent faire reculer la CAQ avec une pétition

Leur dossier fait partie des quelque 18 000 qui seront abandonnés par le gouvernement Legault. Ce ne sont pas juste 18 000 dossiers, ce sont des rêves.

Inquiet de voir leur rêve de venir au Québec leur filer entre les doigts, un jeune couple colombien tente de faire le plein de signatures pour tenter de faire reculer le gouvernement Legault sur l’abandon des 18 000 dossiers d’immigration.

Leonardo Rubio et Karen Caballero ont lancé cette pétition citoyenne après avoir appris, la semaine dernière, que leur dossier pourrait être jeté aux poubelles si l’Assemblée nationale adopte le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette tel quel.

«On veut essayer de faire quelque chose, fait valoir Mme Caballero, en direct de Barranquilla. Ce n’est pas raisonnable qu’après trois ans, ils n’ont pas eu le temps de nous aider à finaliser nos dossiers. Ils vont tous les fermer sans rien faire? Qu’est-ce qu’on va faire avec tout le temps, tous les sacrifices [perdus]?»

Les deux Colombiens disent être «tombés amoureux du Québec» à force d’assister à des missions de recrutement dans leur pays. Ils n’ont cependant jamais voyagé dans la Belle Province.

Mme Caballero enseignait déjà le français, mais son mari a dû suivre des cours de français et a suivi une formation en informatique afin d’avoir un meilleur «pointage» dans la grille de sélection du Ministère de l’Immigration du Québec.

Ils ont déposé leur dossier en juin 2016, convaincus d’avoir de bonnes chances d’être acceptés dans la province de leur choix.

Mais c’est en lisant des articles dans la presse québécoise qu’ils ont appris que leur dossier pourrait finalement être abandonné. Ils ont par la suite reçu un courriel les informant que le Ministère cessait de rendre des décisions dans le cadre du Programme régulier de travailleurs qualifiés.

«On est en train de nous préparer depuis 2014. Et au moment où on était prêts, on [s’apprête à] retirer notre dossier. Ils vont tout annuler sans nous donner l’opportunité [d’aller au bout du processus] juste parce qu’ils le veulent? Ça nous a déçus», se désole Mme Caballero.

Dans le libellé de sa pétition, elle indique que plus de 50 000 personnes ont investi «du temps, des rêves et de l’argent» afin d’immigrer au Québec.

«Nous avons mis nos projets sur pause en attendant une réponse et ce n’est pas juste que le Ministère n’ait pas la considération, ni le respect de prendre le temps de vérifier nos dossiers», peut-on lire.

Mardi matin, plus de 4300 personnes avaient signé la pétition.

Un projet de loi contesté

L’incertitude règne auprès de milliers de travailleurs immigrants qui souhaitent s’installer au Québec depuis le dépôt du projet de loi du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette.

En vertu de la pièce législative, quelque 18 139 dossiers, qui s’empilaient sur les bureaux des fonctionnaires parfois depuis 2005, seront tout simplement annulés. Le gouvernement souhaite faire table rase et rembourser ces demandes. Cette mesure coûtera environ 1000$ par demande, soit 19 millions de dollars au total.

Le ministre Jolin-Barrette justifie cette décision en disant que, de toute manière, une bonne part de ces dossiers étaient bloqués ou ne correspondaient tout simplement pas aux besoins du marché du travail. Il invite tout de même ceux qui désirent immigrer au Québec de se créer un profil dans un nouveau portail d’immigration en ligne.

Les partis d’opposition estiment que la décision de Québec d’annuler ces 18 000 demandes est «inhumaine» et entachera l’image du Québec à l’international.

Si le gouvernement Legault ne revient pas sur sa décision, Leonardo Rubio et Karen Caballero vont tirer un trait sur leur rêve de travailler et de fonder une famille au Québec. Ils craignent qu’une nouvelle demande d’immigration soit jetée aux oubliettes une fois de plus.

«On va laisser tomber. On va s’essayer avec une autre province et c’est dommage, parce qu’on devra étudier l’anglais pour appliquer. On doit faire traduire encore une fois nos documents et ça va prendre beaucoup de temps», déplore Mme Caballero.

La jeune femme avait aussi un message à passer au gouvernement: «Ce ne sont pas juste 18 000 dossiers, ce sont des rêves. Ce sont des personnes qui ont fait confiance au Québec et, du jour au lendemain, c’est fini.»

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