Algérie-Bouteflika briguera un cinquième mandat : La réaction des Algériens

Le président de presque 82 ans, affaibli depuis un AVC survenu en 2003, briguera un cinquième mandat le 18 avril. Pour les Algériens, c’est tout sauf une surprise. Dont ils semblent s’accommoder, faute de mieux.

« Le cinq est un chiffre gagnant », lance Kader, au marché Ferhat-Boussad, au centre d’Alger (Algérie). Il montre à son ami, un vendeur d’agrumes, un vieux portrait d’Abdelaziz Bouteflika accroché à un mur. Une affiche jaunie qui remonte à la campagne présidentielle de 2014. « Ne me dis pas… Il va rester ? » s’étouffe presque Farid, trentenaire. « Mais, pourquoi veux-tu qu’il parte ? Il se tait, ne gêne personne », reprend son copain, l’air amusé, un brin provocateur.

La nouvelle de la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat présidentiel, ce dimanche, n’a surpris personne dans la capitale algérienne. « On le sait depuis 1999. Il ne quittera pas le pouvoir », assure Latifa, étudiante en architecture. Selon elle, Bouteflika a « signé » un deal dès son retour en Algérie après « une longue traversée du désert (NDLR : pressenti pour succéder au président Boumediene en 1979, il avait été contraint à l’exil jusqu’à son retour en 1999) ».

« Qu’il reste ou qu’il parte, pour moi, ça ne change rien ! La politique, ce n’est pas mon rayon », confie-t-elle, avant de monter dans le bus vers les hauteurs d’Alger. Comme beaucoup, elle maugrée, tout en respectant ce vieil homme en chaise roulante, réduit au silence et à de rarissimes apparitions en public depuis. Mais dont l’exécutif assure qu’il a gardé intactes ses capacités de leadership.

À la Librairie du Tiers-monde, visitée par le président français Emmanuel Macron, lors de sa visite en décembre 2017, Karima et Mounir, cadres en entreprise, consultent des romans algériens récemment parus. « Bouteflika ? Il est évident qu’il arrange les affaires de tous. Ceux qui ont gagné de l’argent ces vingt dernières années sont à l’aise, rassurés par son maintien. Quant à l’opposition, elle est incapable de proposer une alternative solide. Alors un cinquième mandat, pourquoi pas ! » lance, presque par dépit, Mounir.

Karima, 26 ans, lui oppose une moue contrariée : « Pourquoi tu dis cela ? Les jeunes veulent que les choses changent en Algérie. Ceux qui sont nés en 1999 ont déjà 20 ans et n’ont connu qu’un seul président ! » « De toute façon, je ne vote pas », balaie Mounir d’un haussement d’épaules, avant de continuer à fouiller dans les rayons.

Au café de l’Oasis planète, à quelques pas de là, Adel, un homme entre deux âges, est plongé dans la lecture d’un quotidien. À la Une, le grand raout du Front de libération nationale (FLN), le parti du pouvoir, organisé la veille à Alger, pour « prier » Bouteflika, qui aura 82 ans le mois prochain, de briguer un nouveau mandat dont il est grandissime favori, le 18 avril. « Le FLN veut la continuité comme si un autre président ne pouvait pas l’assurer ! » grogne-t-il entre deux bouffées de cigarette.

Deux tables plus loin, Aicha et Zhor, deux femmes d’affaires, savourent deux jus de citron en discutant. « Le citron est acide, comme la politique en Algérie… Et comme les jugements des Algériens ! Bouteflika a contribué au retour de la paix, il a construit des logements et des écoles, mais n’a pas su lutter contre la corruption », estime Zhor.

Aicha regrette qu’aucun bilan critique n’ait été fait des quatre mandats précédents. « Tout va bien, on reprend les mêmes et on continue ! Avril 2019 ressemblera à avril 2014 », regrette-t-elle déjà. Après trois mois de spéculations, fin du suspense. Y en aura-t-il sur son score ? Un indice : hormis son premier mandat en 1999 (73,8 %), il est à chaque fois élu dès le premier tour avec plus de 80 % des voix…

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