Pourquoi la santé de la Dent est négligée?

Non inscrite dans l’agenda de l’Organisationmondiale de lasanté (Oms), lasanté bucco-dentaire est très souvent négligée. A l’occasion de lajournéemondiale qui lui est dédiée, “EnQuête’’ revient sur les dangers desmaladies dentaires et l’inaccessibilité aux soins par la population.

rès fréquentes, les maladies dentaires ne sont souvent pas traitées par les populations. A l‘occasion de la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire, “EnQuête’’ fait un focus sur cette maladie qui, selon le président de l’Association nationale des chirurgiens-dentistes sénégalais (Ancds), Docteur Noël Akondé, fait souffrir 90 % de la population mondiale. Elle commence par les caries jusqu’au cancer de la bouche, en passant par les maladies parodontales. “Soixante à 90 % des enfants d’âge scolaire, dans le monde, et 100 % des adultes ont des caries. Quinze à 20 % des adultes d’âge moyen (35-44 ans) ont des parodontopathies sévères pouvant entraîner une perte dentaire. L’incidence du cancer de la bouche se situe entre 1 et 10 cas pour 100 000 habitants, dans la plupart des pays. Seulement 60 % de la population bénéficie d’un accès aux soins bucco-dentaires’’, renseigne le Dr Akondé. Selon lui, la population doit s’approprier la santé bucco-dentaire, car elle partage les mêmes facteurs de risque que les maladies chroniques (diabète, maladies cardio-vasculaires, maladies rénales et certaines formes de cancer). L’Ancds encourage le gouvernement à introduire la santé bucco-dentaire dans le Programme national de lutte contre les maladies non-transmissibles. “Depuis un certain temps, la Fédération dentaire internationale (Fdi) a l’habitude de fêter cette journée. Mais, dans le calendrier de l’Oms, il n’existe pas encore une journée dédiée à la santé bucco-dentaire’’, déplore-t-il. De ce fait, souligne la vice-présidente de ladite association, docteur Awa Gaye, la meilleure chose est de faire en sorte que la population sache que la santé bucco-dentaire impacte sur la santé en général. “Dans beaucoup de pays industrialisés, on ne voit plus certains types de carie chez les enfants. Si on attaque le problème chez les enfants dès le basâge, cela permettra d’arriver à une bonne santé bucco-dentaire. Il faut aussi y associer les personnes âgées, les femmes enceintes et les handicapés’’, explique-t-elle. Absence de données Au Sénégal, le taux de prévalence des maladies dentaires est méconnu. Il n’y a pas de données et la santé bucco-dentaire est souvent délais

sée. “Une grande enquête doit être faite dans le pays pour avoir les chiffres officiels’’, estime le Dr Gaye. Par ailleurs, l’inaccessibilité aux soins et le coût du traitement sont des difficultés auxquelles sont confrontées les populations. Le docteur Noël Akondé signale le nombre insuffisant de chirurgiens-dentistes. “Nous ne sommes pas assez nombreux. Nous sommes environ 500 chirurgiens pour une population de plus de 13 millions d’habitants. On est encore loin des chiffres de l’Oms qui préconise un chirurgien pour 10 000 habitants’’, explique-t-il. Concernant le coût des soins, dit-il, il y a une nomenclature de tarifs proposés par le Syndicat des chirurgiensdentistes, adoptée par le Conseil de l’Ordre des médecins et validée par le ministère de la Santé. “Ils sont basés sur les matériaux utilisés. Et ces matériaux ne sont pas tous considérés comme des médicaments. Donc, certains sont taxés, ce qui fait que les produits sont chers. Nous lançons un appel à nos autorités, pour que ces matériaux soient considérés comme des médicaments’’, ajoute-t-il. 67 % des Sénégalais n’ont pas accès aux soins Selon le chef du Département d’odontologie à la faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie-Stomatologie de l’Ucad, 67 % des Sénégalais n’ont pas accès aux soins. Alors que, renseigne le professeur Henri Michel Benoist, les maladies bucco-dentaires constituent un véritable problème de santé publique. Elles peuvent tuer ou laisser des séquelles dangereuses. Selon quelques données d’études, la prévalence de la carie avoisine les 100 %, tandis que celle des maladies parodontales est à 80 %. “Les prévalences sont très élevées et il y a une très grosse difficulté liée à l’accessibilité aux soins. Les moyens ne sont pas très forts dans les ménages pour prendre en charge la santé bucco-dentaire. Il y a un problème d’accessibilité géographique et il n’y a pas encore assez de structures de soins où il y a un chirurgiendentiste’’, fait-il savoir. Pour résoudre ce problème, il plaide pour la construction de centres de santé avec un chirurgien-dentiste, l’augmentation du nombre de dentistes formés. Car, dit-il, le ratio dentiste au Sénégal est de 1 pour 100 000 habitants, alors que l’Organisation mondiale de la santé préconise 1 pour 10 000 habitants. “C’est pour dire que le nombre de dentistes doit être multiplié par 10. C’est-à-dire qu’il faut former, recruter les dentistes et les mettre à la disposition des communautés’’, souligne le Pr. Benoist. Qui préconise de développer le système de prise en charge. Parce que, à l’en croire, les centres de santé avec un chirurgien-dentiste sont souvent dans les communautés urbaines. Et le fort taux de dentistes est concentré dans les villes. “Il n’y a pas de dentistes dans les postes de santé. Ce sont des techniciens supérieurs, des agents de santé communautaire qui sont assignés làbas. Il faut renforcer le volet santé bucco-dentaire aux frais des relais de santé communautaire. Ce qui n’est pas le cas pour permettre plus d’accès aux populations’’.

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