L’épilation intégrale n’augmenterait pas les risques de MST

Chaque femme fait son choix en matière d’épilation du maillot, et rares sont celles qui laissent leur toison à l’état brut. Publicités et films pour adultes se chargeant depuis longtemps maintenant de faire passer le message selon lequel les poils, c’est mal. D’où le succès de l’épilation brésilienne – voire intégrale – dans les instituts de soins esthétiques.

Une pratique mal vue par de nombreux gynécologues et scientifiques, qui mettent en avant l’impact délétère de cette habitude qui multiplierait les risques de contracter une infection sexuellement transmissible (IST). Pourtant, une étude menée par une équipe de chercheurs en épidémiologie de l’université de l’Ohio (Etats-Unis), publiée ce mercredi dans la revue scientifique PLOS One, établit que les femmes adeptes de l’épilation intégrale n’ont pas plus de risques d’IST que les autres. Alors ?

Pas plus d’IST chez les jeunes femmes au maillot bien épilé

Pour contredire la littérature scientifique préexistante, les chercheurs et chercheuses de l’université de l’Ohio ont passé au crible les habitudes en matière d’épilation et de sexualité des étudiantes américaines, et leur taux de contamination par les deux IST les plus fréquentes :  la chlamydia et l’infection à gonocoque. L’étude a ici été menée sur un échantillon de 214 femmes, des étudiantes de plusieurs universités de l’Ohio venues pratiquer un dépistage d’IST et qui ont accepté de répondre à un questionnaire.

La quasi-totalité des jeunes femmes interrogées (98 %) ont ainsi déclaré s’épiler régulièrement le maillot, et plus de la moitié d’entre elles ont précisé s’épiler intégralement le maillot chaque semaine, voire tous les jours, au cours des dernières années. Concernant leur vie intime, les étudiantes ont répondu être majoritairement célibataires (72 %), sexuellement actives (99,5 %), et ont connu en moyenne 4,3 partenaires au cours de la dernière année. Toujours au sein de l’échantillon étudié, 40 % des jeunes femmes ont indiqué avoir des relations sexuelles très fréquentes, quotidiennement ou chaque semaine. Selon les réponses recueillies, il ressort en revanche que peu d’entre elles ont recours à un préservatif (17 %), et 21 % des étudiantes interrogées ne s’en servent jamais.

Par ailleurs, chaque participante à l’étude a consenti à donner aux chercheurs l’accès aux résultats de leur test de dépistage d’IST. Les chercheurs ont ainsi découvert que 9,8 % des participantes avaient contracté la chlamydia ou une infection à gonocoque. Au cours de leurs travaux, les chercheurs n’ont toutefois trouvé aucun lien entre l’épilation ou le rasage du pubis et les IST contractées. Pour éviter les biais, l’équipe a tenu compte de plusieurs facteurs, comme les revenus des parents des étudiantes, de leur niveau d’études et la fréquence de leurs rapports sexuels. Et si la taille de l’échantillon peut paraître un peu mince, l’équipe qui a mené l’étude assure que les résultats obtenus sont fiables, puisqu’ils s’appuient sur des tests en laboratoires et non sur une seule base déclarative.

Des résultats à contre-courant de la littérature scientifique

Les adeptes de l’épilation intégrale pourront être rassurées à la lecture de cette nouvelle étude. Toutefois, ces résultats vont à l’encontre de la littérature scientifique publiée sur le sujet ces dernières années. De précédentes études ont ainsi avancé que la pratique de l’épilation intégrale a au contraire tendance à augmenter le risque de contracter une IST telle qu’une infection à gonocoque ou la chlamydia, comme l’indiquait à 20 Minutes le Dr Jean-Marc Bohbot, gynécologue infectiologue, directeur médical de l’Institut Fournier et coauteur de l’ouvrage Microbiote vaginal: la révolution rose (éd. Marabout). Il met en garde contre « les dangers de l’épilation intégrale, qui augmente considérablement les risques de contracter une infection sexuellement transmissible », estimant que « les poils pubiens ont un rôle de barrière face aux IST ». Selon une étude publiée fin 2016 dans la revue scientifique de référence Sexually transmitted infections, l’épilation, ou le rasage du pubis, crée des microtraumatismes et des microcoupures. De petites blessures qui rendent plus vulnérables en cas d’expositions à un virus ou à tout type de maladie sexuellement transmissible.

Pour le Dr Odile Bagot, gynécologue et auteure de Vagin et Cie, on vous dit tout! (éd. Mango), « on ne peut pas se fier aux résultats de cette étude menée au sein de l’université de l’Ohio : il ne s’agit pas d’un échantillon comparatif et il est bien trop restreint pour permettre de dégager des résultats significatifs. Pour que l’étude soit statistiquement viable, il aurait fallu comparer deux échantillons de la même taille, ayant le même profil, avec un premier groupe s’épilant intégralement et le second ne s’épilant pas du tout. Cette étude ne présente aucun élément assurant sa fiabilité, elle est totalement biaisée ».

Mais « les travaux antérieurs n’ont pas été adaptés à la fréquence des rapports sexuels [des participantes aux études], répond Maria Gallo, l’une des coauteures de l’étude. Il se peut que les femmes qui ont eu plus de relations sexuelles avec plus de partenaires – et qui sont donc plus susceptibles de contracter des IST – soient plus susceptibles de s’épiler intégralement ou quasi intégralement ». Le risque de contracter une IST ne serait donc pas lié à l’épilation pratiquée. Un argument qui peut s’entendre, mais « jamais la communauté scientifique et médicale ne validerait les résultats d’une étude menée dans ces conditions si elle portait sur un médicament », rétorque le Dr Bagot, qui reconnaît toutefois que « ce qui influe sur le risque qu’a une femme de contracter une IST n’est probablement pas tant son mode d’épilation que son comportement sexuel. Mais une femme qui s’épile intégralement peut aussi le faire pour des considérations d’hygiénistes, sans avoir une vie sexuelle avec de multiples partenaires, souligne-t-elle. On ne peut donc définitivement pas se fier à cette étude, qui ne fait pas ressortir de manière incontestable le degré d’incidence de l’épilation sur le risque d’IST ».

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