La Birmanie: Les 2 journalistes de Reuters amnistiés

La condamnation des deux journalistes, qui avaient enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas, avait soulevé un tollé international. Les deux journalistes de Reuters qui avaient été condamnés à sept ans de prison, en Birmanie, après avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas, ont été libérés mardi.

Les deux hommes, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, ont été assaillis de questions par les médias en sortant de la prison de Rangoun, où ils ont passé plus de 500 jours en détention. Leur libération intervient à l’issue de mois de pression internationale sur le gouvernement d’Aung San Suu Kyi, la prix Nobel de la Paix . « Je suis un journaliste et je vais continuer » à travailler, a déclaré Wa Lone. « J’ai hâte de retourner à la rédaction » et de « revoir ma famille et mes collègues », a-t-il ajouté. L’ONU a salué dans un communiqué leur libération dans le cadre d’une grâce comme « un pas vers une plus grande liberté de la presse et un signe de l’engagement du gouvernement en faveur de la transition démocratique en Birmanie ».

Tollé international

La condamnation des deux journalistes de Reuters avait soulevé un tollé international. Au moment de leur arrestation, en décembre 2017, Wa Lone et Kyaw Soe Oo enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane des Rohingyas à Inn Din, un village du nord de l’Etat Rakhine, au nord-ouest du pays. Ils ont été condamnés pour avoir enfreint une loi sur les secrets d’Etat qui date de l’époque coloniale. Ils étaient accusés de s’être procuré des documents classifiés relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l’Etat Rakhine.

Depuis, l’armée a reconnu que des exactions avaient bien eu lieu trois mois plus tôt et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison. Piégés par des policiers Les deux reporters ont toujours assuré avoir été trompés. Et l’un des policiers qui a témoigné dans ce dossier a reconnu que le rendez-vous au cours duquel les documents classifiés leur avaient été remis était un « piège » destiné à les empêcher de poursuivre leur travail.

Leur enquête leur a valu le prix Pulitzer, plus haute récompense du journalisme aux Etats-Unis. Ils ont également été distingués par l’Unesco et désignés, aux côtés de plusieurs confrères, personnalités de l’année 2018 par le magazine Time. De nombreux défenseurs des droits humains avaient exhorté la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, chef de facto du gouvernement birman, à user de son influence pour que les deux journalistes obtiennent une grâce présidentielle.

Elle avait jusqu’alors refusé d’intervenir, invoquant l’indépendance de la justice. Déjà très critiquée pour ses silences sur le drame rohingya, elle avait même justifié l’emprisonnement des deux hommes non « pas parce que c’étaient des journalistes » mais « parce qu’ils avaient enfreint » la loi.

Facebook Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Twitter Auto Publish Powered By : XYZScripts.com