INTERPELLATIONS DES ACTEURS DE LA JUSTICE : Là où le Garde des sceaux est attendu

A  nouveau ministre nouvelles  doléances, nouvelles  attentes  et  nouvelles  recommandation.  Et  dans  le  cadre  de  l’Elan  nouveau  que  le  Chef  de  l’Etat  a  pris  avec  un  gouvernement  rétrécit,  le  nouveau  garde  des  sceaux  est  interpellé  par  les  acteurs  sur  plusieurs  situation  qui  concernent  le ministère  de  la  justice.    Il s’agit  entre  autres  des  réformes  des longues  détentions  préventives,  le manque  criard  de  magistrats,  la  lenteur  des  procédures  mais  aussi  les  dossiers  et  documents  administratifs  ayant  trait  à  la  justice…  Voici  ce  que  disent  les  acteurs  dans  une  publication  du  quotidien  Enquête…..

ME AYA BOUN MALICK DIOP, SG DU SYTJUST

“Qu’il ne commette pas la même erreur que ses prédécesseurs”

“Tout d’abord, je voudrais rendre un vibrant hommage au professeur Ismaïla Madior Fall, Garde des Sceaux sortant, avec qui nous avons travaillé et obtenu des acquis très notables. Nous souhaitons la bienvenue à Me Malick Sall.

 C’est un homme du sérail, un avocat de renom, très apprécié, qui sera à même de comprendre les défis auxquels la justice fait face. En ce qui concerne les travailleurs de la justice, nous espérons qu’il sera dans la continuité, dans la mesure où la volonté politique de prendre en charge les doléances et préoccupations des travailleurs était clairement exposée par le président de la République, lorsqu’il nous a reçus en audience, le 5 avril 2018.

 Il avait prêté une oreille attentive à nos préoccupations et avait donné des directives allant dans le sens de les satisfaire. Nos doléances entrent toujours en droite ligne avec l’amélioration de la qualité du service public de la justice. Je crois que Me Sall sera dans la dynamique de donner corps à cette volonté du chef de l’Etat pour l’avènement d’un service public de justice de qualité. Lorsqu’un ministre part, les personnes ont des appréhensions. Mais pour des hommes d’expérience que nous sommes, nous savons que ce qui a été initié ne sera pas chamboulé.

 En tant que syndicat, nous avons un rôle de veille, nous allons le jouer pleinement pour que les droits des travailleurs de la justice et leurs intérêts matériels et moraux ne souffrent pas de ces changements. Pour le message, je voudrais lui dire qu’il accorde une oreille attentive aux travailleurs et qu’il sache qu’à chaque fois que la justice est en crise, c’est du fait de la réaction de ces derniers qui se sentent négligés. En tant qu’avocat, nous ne voulons pas qu’il commette la même erreur que ses prédécesseurs qui, à un certain moment, ont cru que l’essentiel était ailleurs, alors que l’essentiel, c’est de faire de telle sorte que le service public de la justice ne souffre d’aucun dysfonctionnement.”

BABACAR BA, FORUM DU JUSTICIABLE

“Qu’il fasse une bonne application desréformes”

“Je commence par féliciter le nouveau ministre. C’est un praticien du droit. Il est dans son domaine. Nousfélicitons également le ministre sortant pour l’excellent travail qu’il a abattu au ministère de la Justice. Le professeur Ismaïla Madior Fall a eu le courage d’entamer des réformes concernant les professions libérales qui étaient très fermées. Il y a également celles qui contribuent à l’indépendance de la justice. Pour le tout nouveau garde des Sceaux, nous attendons de lui qu’il fasse une bonne application des réformes, car il y en a qui se sont dégagées dans le cadre de la Cnri (Commission nationale de réforme des institutions), du colloque de l’Ums (Union des magistrats sénégalais). Aujourd’hui, pour renforcer l’indépendance de la justice, il faut aller vers des réformes.

 Il y a des propositions qui concernent le Conseil supérieur de la magistrature pour que le président et le ministre n’en fassent plus partie, le renforcement du principe de l’inamovibilité qui est contourné, alors qu’il garantit l’indépendance du juge du siège, la diminution des pouvoirs du procureur, car nous avons un procureur qui a trop de pouvoirs. Donc, il faut revoir le statut du parquet pour qu’il n’envoie pas les personnes en prison selon ses humeurs. Ce qui veut dire qu’il faut instaurer un juge des libertés pour qu’il puisse statuer sur la liberté d’aller et de venir des justiciables.

 Du côté du Sytjust, il y a des revendications ; il faut qu’il les règle pour une bonne administration de la justice. Nous demandons également au ministre d’être vraiment ouvert à l’endroit des acteurs de la justice, pour une bonne administration du secteur, d’être flexible et de les recevoir pour trouver des solutions pour consolider l’indépendance de la justice. Nous ne voulons pas d’un ministre de la Justice enfermé, qui n’écoute pas ses interlocuteurs.”

ME AMADOU DIALLO, PRÉSIDENT AMNESTY SÉNÉGAL

 “Nous espérons qu’il ait les coudéesfranches et les moyens de…”

“Personnellement, je suis très satisfait, parce que c’est un confrère. Il a une bonne réputation. Le fait que le président ait nommé, à ses côtés, un secrétaire d’Etat en charge des Droits humains peut être perçu de façon positive et cela veut dire que l’Etat du Sénégal se rend compte des préoccupations relatives aux droits humains. Et le discours du nouveau garde des Sceaux qui a fustigé les longues détentions et le surpeuplement carcéral est de très bon augure.

Nous espérons qu’il ait les coudées franches et les moyens de pouvoir réaliser toutes les missions qui lui sont confiées par le président de la République. Mon message, c’est surtout de revoir la politique pénale du parquet et de renforcer l’indépendance de la magistrature entachée par la présence de l’Exécutif au sein du Conseil supérieur de la magistrature. Nous pensons que si le président est dans la logique d’instaurer une justice impartiale et indépendante, il faut que le parquet soit davantage autonome vis-à-vis de ministère de la Justice.”

ME OUSMANE THIAM, PDT ASSOCIATION JEUNES AVOCATS (AJS)

“Que des mesures soient prises pour éviter les longues détentions” “

On attend du nouveau ministre des mesures pour éviter les longuesdétentions et que les détenus préventifs aient la possibilité d’être jugés dans des délais raisonnables. La seconde demande, c’est l’amélioration des conditions de travail des magistrats, car nous avons constaté qu’au tribunal d’instance de Dakar, le volume du travail est très important. Il y a un manque criard de juges. Les gens ont tendance à croire que c’est une petite juridiction. Sur l’appellation, c’est vrai, comme on dit tribunal d’instance, mais les magistrats sont submergés. Il y a les divorces, les successions, les affaires communicables, notamment les extraits de naissance, les certificats de nationalité. C’est pourquoi, lorsqu’il y a audience, c’est difficile de réunir le tribunal.

Il y a beaucoup de choses à faire du côté des tribunaux de commerce de Dakar et d’Instance de Pikine. Les conditions ne militent pas en faveur d’une bonne distribution de la justice, car les locaux ne sont pas adéquats pour rendre la justice. C’est une indignité. Donc, il faut que le département prenne des mesures pour que la justice soit rendue dans des conditions décentes et que le peuple, au nom de qui la justice est rendue, puisse savoir que celle-ci l’a été dans des conditions optimales. Pour les avocats, nous n’avons pas de doléances particulières. Nous participons au service de la justice et ce qui nous intéresse, c’est que la justice marche de façon efficiente, ainsi les avocats pourront travailler dans des conditions optimales. D’autre part, nous pensons que le nouveau ministre devrait penser à la hausse des fonds alloués à l’assistance judiciaire, pour que tous les prévenus n’ayant pas les moyens de se payer un avocat puissent en bénéficier. Car, le quantum alloué par l’Etat du Sénégal ne couvre que ceux qui sont traduits devant les audiences criminelles

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