DOCTEUR NOEL AKONDÉ : « «Le Sénégal très loin de la norme Omsen Santé Bucco-dentaire »

Il existe un besoin de soins bucco-dentaires important qui ne peut aboutir du fait d’une offre de soins largement insuffisante et inégalement répartie.     Pour le Sénégal, on est à un chirurgien dentiste pour 30mille habitants selon l’association nationale des chirurgiens dentistes du Sénégal. Un chiffre encore loin de la norme retenue par l’organisation mondiale de la santé à savoir un dentiste pour 10 000 habitants. Pour son président, le docteur Noël Akondé chirurgien dentiste, qui nous a accordé une interview pour cette journée mondiale de la santé bucco-dentaire, Seuls 550 chirurgiens dentistes sont présents.  Malgré les efforts du ministère de la santé de «capaciter» le personnel soignant sur le diagnostic et la prise en charge primaire des pathologies dentaires,  docteur Akondé  estime : « certaines complications n’ont pas accès aux chirurgiens dentistes, du fait que les spécialistes ne sont pas présents partout dans le pays». D’où la nécessité d’augmenter le recrutement

Le Sénégal dispose-t-il suffisamment de chirurgiens dentistes ?

Certes, il y a un problème d’accessibilité au dentiste même si le besoin ne se fait pas sentir  à Dakar, la question se pose dans d’autres localités surtout les plus reculées où on ne voit jamais de chirurgiens dentistes. Au Sénégal, nous sommes 550 dentistes dont un pour 30 mille habitants, ce qui est encore loin de la norme de l’Oms qui prévoit 1 chirurgien dentiste pour 10mille. Ce qui fait que certaines complications n’ont pas accès aux chirurgiens dentistes. Aujourd’hui, le ministère de la santé et de l’action sociale est en train de résoudre ce problème en capacitant tous les acteurs de la santé à savoir les sages femmes, les infirmiers, les assistants  pour pouvoir porter la parole du chirurgien dentiste, mais cela reste insuffisant pour une bonne prise en charge de la santé bucco-dentaire.

Comment améliorer la santé bucco dentaire des sénégalais?

 Il y a d’abord le recrutement de plus de chirurgiens dentistes. Pour une accessibilité aux chirurgiens dentistes, l’Etat doit mettre à la tête de chaque département un chirurgien  dentiste même si aujourd’hui nous en avons un dans chaque région. L’autre question, c’est l’équipement qui fait beaucoup défaut au niveau public, que le gouvernement fasse un effort pour équiper les cabinets dentaires qui sont  vraiment sous équipés et enfin la formation du chirurgien dentiste. Sur ce point, nous avons une formation continue, car même après la formation initiale, le chirurgien est tenu de faire cette formation qui doit être obligatoire pour tous les chirurgiens dentistes.  Au niveau de l’association, nous la faisons  à Dakar mais à l’intérieur du pays, il faut qu’on nous donne les moyens de pouvoir les faire le plus loin possible au bénéfice de tous les chirurgiens dentistes

. Est ce qu’une division  de la maladie est suffisante pour prendre en charge la santé bucco-dentaire ?

C’est une revendication que nous portons depuis très longtemps parce qu’effectivement, nous sommes les parents pauvres de la santé. C’est vrai que nous avons une division  mais il serait bien d’avoir une direction pour mieux prendre en charge des problèmes de chirurgie dentaires.

Nous célébrons la journée mondiale de la santé bucco-dentaire ce mercredi, quelles sont les pathologies qui émergent le plus lors des consultations ?

Les pathologies dentaires que l’on rencontre le plus souvent dans nos consultations sont les caries dentaires et les maladies de la gencive: les gingivites, les paradontopathies. Les caries dentaires chez les enfants scolarisés représ e n t e n t 76%  et chez les adultes nous avons à peu près 100% de personnes qui présentent une carie dentaire.

 Quelles sont les causes de ces pathologies dentaires ?

 Les causes sont surtout  la consommation de sucre, de glucose. Nous avons beaucoup d’aliments  qui composent en leur sein du glucose qui, en se décomposant,   donnent de l’acide et c’est cette acide qui va attaquer la structure de la dent notamment  l’émaille pour créer une cavité qui va ensuite se développer  en une pathologie qu’on a dans la bouche  qui s’appelle une carie. Pour les gingivites c’est microbien. Ce sont des microbes que nous avons dans la bouche, qui, à l’occasion d’une petite ouverture gingivale va pénétrer dans partie mise et créer une infection au niveau de ces tissus  et peut aller en profondeur,  pour créer une pathologie au niveau du parodonte. Ce qu’on appelle une paradontopathie.  

 Et quelles peuvent être les conséquences ?

 Beaucoup de conséquences, si l’on ne traite pas ces caries ou gingivites parce qu’elles peuvent se compliquer  jusqu’à atteindre d’autres  organes du corps. C’est ce qu’on appelle une infection focale.  La complication peut être une endocardite par exemple qui peut  aller jusqu’au niveau de certains organes comme le poumon, le cœur, les intestins et un peu partout dans le corps  et si ce n’est pas traiter,  cela peut même créer la mort du patient ou entrainer une septicémie.  Parce que le sang est infecté carrément. Dans certaines zones du pays, là où il n’y a pas de chirurgien dentiste, malheureusement, les patients qui n’ont pas accès aux dentistes  vont se référer aux charlatans aux tradi-praticiens.  Ces derniers ont certaines pratiques pour calmer la douleur  mais en fait, ils ne tuent pas le microbe et partant de là, le microbe continue à se développer.

 Est-ce que le respect des rendez-vous est érigé en règle chez vos patients ?

 Malheureusement non ! Nous, qui sommes chirurgiens dentistes, libres dans le privé, nous constatons que nos patients ne respectent pas les rendezvous. Nous sommes obligés d’insister pour poursuivre le traitement. Une fois que le patient est soulagé, il se croit guéri et il ne revient pas au traitement. Or, un traitement chez un chirurgien dentiste se fait en plusieurs séances, malheureusement, nous avons plusieurs patients que nous perdons et qui vont nous revenir plus tard avec des pathologies.

Que préconisez-vous pour la prévention ?

 Il est très important pour nous de parler de prévention surtout que dans nos pays sous-développés, nos gouvernements n’ont pas suffisamment de moyens  pour le curatif. Donc, il faudrait mettre l’accent sur la prévention pour éviter aux patients de développer des maladies bucco-dentaires. Nous recommandons aux patients de se brosser les dents deux fois par jour après les repas. En plus du brossage, on conseille au patient de diminuer la consommation du  sucre, pour les sujets bien portant de visiter un dentiste deux fois dans l’année. Quel est votre message pour cette journée ? Le message en tant association est de dire aux populations de prendre en charge leurs dents. J’ai l’habitude de dire  que les dents sont comme des bijoux et  il faut s’en occuper, si nous n’en occupons pas, nous perdons tous, notre sourire, notre parler, notre façon de manger, c’est essentiel pour la vie. Un beau sourire  est agréable, quand vous me parlez, c’est votre sourire que je vois  toujours, quand on mange, on a besoin de nos dents pour mâcher les aliments.

Entretien  réalisé par Sud QUotidien

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