ARMES BLANCHES : Ça sang la mort dans la rue

La  »mort » est dans la rue. Elle se vend au vu et su de tous. Le sang coule encore et continue de couler sous l’effet de l’arme blanche vendu à vil prix. Ce, sans réglementation aucune. Seul le port de l’arme blanche, est une infraction selon la loi. Cependant les coupes-coupes les couteaux hachettes et autres lames se vendent comme de petits pain  dans notre pays. Dans la capitale Dakaroise surtout avec l’approche de la tabaski de ‘’petits vendeurs’’ ont investi les rues et ruelles les armes à la main. Ça  sent la mort avec le nombre ineffable  de  victimes du coup de poignard enregistré depuis un certain temps. Zoom sur un phénomène négligé et qui devient de plus en plus dangereux.

Couteaux, Coupe-coupe, Hachettes se vendent  comme de petits pains

Dans les ruelles du marché Sandaga un jeune garçon, mineur,  fait les rues avec un carton de coutelas.  Cette activité   sans sécurité est pourtant le travail de ce garçon qui effectue la tâche au quotidien. «  Chaque matin je vais prendre les couteaux dans le magasins de mon oncle pour les vendre en détail.  Le bénéfice tourne entre   1500F   et 2000 F Cfa et avec l’approche de la Tabaski notre marchandise ne traine pas » dit-il naïvement. A l’intérieur du marché l’oncle de ce jeune homme tient  un grand magasin juxtaposé à la pharmacie Guiguon. Devant la porte de ce magasin qui fait  face à la rue Raffenel  une grande table est posée. Des couteaux de toutes les tailles et lames, des coupe-coupes  de Chine et du Niger  de toutes les marques et même des hachettes.  Un décor qui n’échappe pas à l’œil des passants qui empruntent cette rue.  Juste à coté, des Guinéens se disputent les caisses à porter des dames vendeuses de tissus et ou de fruits. Les taximen  règlent  leur tour  de «  taxi commun »   à destination des Parcelles assainies.  Interrogés sur les risques de son exposition  Ndiaga Sarr ne cherche pas sa réponse très loin. « Il n y a que dieu qui décide de la mort des uns et des autres, ceux qui doivent tomber sur les coups de poignards tomberont que ce soit  ici ou  ailleurs. Seulement nous prions Allah tout puissant de vendre notre marchandise dans la plus grande paix qu’on ne nous jette pas la poisse allez voir ailleurs » grogne–t-il avec une rage inexplicable.  Conscient d’avoir tapé sur nos nerfs il lance un regard furtif à son neveux « retourne vendre  ta marchandise, ce ne sont pas eux qui te payerons  tes fournitures à l’ouverture des classes ».Toujours dans le marché Sandaga, sur la ruelle qui mène au garage Lat. Dior c’est une kyrielle  de tables  à l’image de celle de Ndiaga Sarr qui sont disposés tout au long. Impossible même d’éviter les véhicules sans  heurter ces marchandises tellement le chemin est étroit. «  Nous vendons ces  coutils de cuisine depuis très longtemps, les couteaux qui peuvent faire mal et qui sont utilisés par les agresseurs ne se vendent pas au vu et su de tous mais dans la clandestinité, il faut que les ménagères trouvent de quoi épluchés leurs légumes » explique Moussa Tall. Son voisin plus  profond note : «  il faut qu’on fasse quelque chose dans  ce pays on dramatise tout alors que nous les jeunes nous cherchons simplement à gagner nos vies  honnêtement ». Issa explique en poursuivant qu’il n’est point besoin de s’alarmer parce qu’ils ont toujours l’œil sur leur marchandises.   Entre deux étales,  toujours sur  la même lignée Ismaël Samb interroge : «  dit moi au moins comment toi tu achètes ton couteau, est ce que tu vas chercher une autorisation au niveau de la justice ne serait-ce que pour éplucher tes légumes ou couper ta viande ». 

Quand des lampes à décharges électriques se vendent dans la presse

Une décharge électrique paralysant à portée de main et de tous.  L’arme est vendue à seulement 20 000F  Cfa. Du moins comme on peut le lire dans une annonce qui passe et repasse  dans  les pages commerciales des quotidiens d’informations depuis un certain temps.  Ladite publicité est libellé ainsi : « Lampe torche anti agression : d’un  format de lampe torche standard, ce paralyseur électrique shocker est facile et discret. A la fois stocker et paralysant de plus d’ un million de volt et lampe torche puissante, cette lampe de poche  est le produit anti agression idéal pour sorties nocturnes. La forte led éclairera tout endroit sombre, le shocker paralysant  puissant assurera votre protection nuit et jour.  Norme CE, Livraison  gratuite sept jours sur sept, 20 000 F Cfa  seulement pour votre sécurité, Contact, 77926…. 70489…… 76315….. . » Pour ceux qui ont tenté d’appeler les numéros indiqué,  c’est un homme à la voix mature qui répond.  Très posés, le monsieur est attentif à toutes questions posées et a réponse  à tout. «  C’est un  engagement que nous avons pris et je tiens  à vous préciser madame qu’on ne cache point, sinon on aurait pas mis l’annonce dans la presse. Seulement il faut qu’on ait confiance en vous pour vous vendre ‘’l’arme » note-t-il d’emblée. Sur les modalités il explique  avec tact et un discours marketing que le numéro de téléphone  et l’adresse de livraison sur commande  suffisent  pour qu’il vous livre  à domicile avec une facture attestant qu’il est votre acquéreur. L’interlocuteur au bout du fil ajoute que  si pendant la livraison  l’on découvre un caractère suspect chez l’acquérant et ou un état mineur la vente ne se fera pas.  En effet même si l’objectif est de procurer aux populations un outil de défense anti agression il est très difficile de faire un distinguo entre les agresseurs et les autres. «  L’agresseur qui n’est pas pris en flagrant délit d’agression est aussi libre que son prochain,  l’agresseur ne se définit pas que par simple  suspicion » dit-on. Et face à cette situation on risque de se retrouver  dans un renversement de situation.  Cette annonce peut  aussi  profiter aux agresseurs qui vont sauter sur la vente  et la disponibilité. 

Marché Colobane, le coin des bombes asphyxiant  et lance-flamme

 Le marché  Colobane est réputé être un lieu de rencontre des butins des agresseurs et autres petits voleurs. Ici  marchandises de toutes sortes et de toutes les qualités y sont vendues. C’est un lieu d’échange qui fonctionne cahin-caha dans un tohubohu ineffable.  Dans ce marché où le soleil semble touché l’horizon à midi,  le plus malin fait les bonnes affaires, le plus rusé  se sucre sur les dos des autres naïfs, pendant ce temps les voleurs  cherchent  les moyens de se faire les porte-monnaie des clients venus pour des raisons différentes. Mme ici on vend du tout, il n y a pas de marchandise prohibé, il faut juste savoir trouver un bon guide pour trouver sa marchandise, et il n’existe pas mieux que moi dans ce domaine » explique un gaillard qui pu l’alcool. Ce monsieur moulé dans un jean à la propreté douteuse et  d’un tee-shirt bleu du même état fait peur, on aurait dit un malade mental. Seulement son discours trahi son intelligence il sait ce qu’il veut et n’est pas prêt à lâcher sa ‘’proie’.  Affirmatif est la réponse qu’il donne à notre question de savoir si il est possible de se procurer une bombe asphyxiantes  et un lance-flamme.  «  Mon intuition ne me trompe jamais quand je vous ai vu erré dans le marché j’ai vite compris que vous êtes de véritables ‘’boy dakar’’ et il faut savoir se défendre  ce pays devient dangereux avec ce nombre pléthorique de poltrons  partisans du gain facile et hostiles au travail » ironise-t-il en demandant de l’attendre. Il revient quelques minutes après avec le matériel. «  Les prix sont fixés entre 50 000F et 10000 F Cfa,  le liquide de recharge est aussi disponible » dit-il. Un marchandage  sans suite s’en suit, il réussit quand même à nous retirer un billet de 1000F pour le temps perdu avec nous.

Ils sont tombés sous les coups du poignard

 On assiste  impuissant pendant que l’arme blanche dicte   sa loi. Un véritable danger ambulant et plusieurs personnes des jeunes souvent à la fleur  de l’âge  sont  tombées sous les coups des poignards. Un petit rappelle nous renseigne davantage   sur les  conséquences et la nécessité de réguler et la distribution mais aussi le port de ces armes.

Un vendeur de café Touba et un taximan poignardé à mort

 Le  17 aout un drame s’est produit en début d’après midi à Derklé devant les locaux du groupe Walfadjri. Un homme répondant au nom de Baye Fall, a été tué à coups de couteau. L’homme était bien connu des riverains. Il tenait un petit commerce et vendait du « café Touba » non loin de la radio. Il a été poignardé par un homme qui pouvait  être du même âge  que lui, un règlement de compte, pendant lequel, le couteau a dicté sa loi. Le présumé meurtrier a d’ailleurs subi les foudres de quelques témoins avant d’être cueilli par la police.  Le même  jour, l’arme blanche a encore fait la loi. Cette fois à Louga, âgé de 38 ans, il répondait au nom de Pape Ndiaye. Le chauffeur de taxi grièvement agressé à Guinaw-Rails non loin du marché Coumba Mbayar Fall est mort dans la nuit. Il avait été poignardé à l’abdomen par des malfaiteurs qui tentaient de voler son taxi. Selon des informations recueillies sur place. L’auteur des coups de couteau avait pris la fuite mais la femme du taximan, présente au moment des faits, a appelé les secours qui n’ont pas servi à grand chose.

Un boulanger  Poignarde son employé

 Le 16 aout  2015 c’est-à-dire la veille de l’assassinat de Baye Fall et de Pape Ndiaye le taximan, un boulanger a poignardé son employé à Keur Massar dans la région de Dakar.  Le drame s’est déroulé à l’Unité 5 de Keur Massar où un boulanger a poignardé à mort son employé. Le coupable a été placé sous mandat de dépôt en attendant le jugement.  La veille de  ce drame, le 15 aout  un homicide volontaire a été  commis  dans la nuit du vendredi au samedi vers 4heures du matin. Mayoro Kébé a été froidement tué par son colocataire, Abdoulaye Sankara, qui l’a poignardé. Conduit à l’hôpital général de Grand Yoff de Dakar, il décédera le samedi matin des suites de ses blessures. Les deux hommes qui travaillaient dans le même service de gardiennage, avaient pris en location une chambre, Mayoro Kébé, ancien gendarme, a intégré comme vigile un service de gardiennage établi à Dakar après sa libération de l’Armée. Il était cette semaine à Thiès pour rendre visite à sa mère, domiciliée au quartier Keur Mame El. Hadji.

Un usager de drogue éventre 3 talibés, un autre tue deux frères

Dans un daara ( école coranique) à Thiès, un talibé, Pape Ndiaye, a été poignardé à mort ainsi que  deux autres de ses condisciples, Médoune Lo et Djiby Kassé,  ont été éventrés. Ils ont été évacués aux urgences.  L’auteur des faits, domicilié au quartier Kawsara Fall, près des cimetières, serait un usager de drogue. Il a été arrêté par la police et placé en garde à vue au commissariat central de Thiès. Nadjirou et Abdourahmane Ba dit Mara, frères de même père et de même mère, âgés respectivement de 22 et 19 ans, ont été poignardés devant leur maman qui, impuissante, les a regardé mourir. L’auteur de  cet drame n’est  outre que  leur voisin Bouba Sakho. L’ignomie s’est produit le lundi 07 septembre 2018 vers 2 heures du matin à la Cité Millionnaire de Grand Yoff. La quasi-totalité dudit quartier était  en train de dormir quand leur quiétude a été sapée par une si triste information…

                             Quand la loi s’émeut dans un mutisme totale

Une arme blanche, est une arme par nature et non par destination. Autrement, tout objet tranchant, pointu, contondant, coupant peut être considéré comme une arme blanche. Dès lors que cet objet peut occasionner des coups ou des lésions sur le corps d’un individu (trouer, déchirer, couper, arracher, écraser, fracturer, etc.) . Au Sénégal, il existe tout un arsenal juridique qui organise le trafic, la détention et l’usage des armes dites conventionnelles ou armes blanches ainsi que leurs munitions. Malgré tout, n’importe qui peut avoir son coupe-coupe, sa daba, sa hache ou son couteau comme un outil de travail ou bien un ustensile de maison. Tout un tas de matériels qui peut à tout moment servir d’arme pour blesser ou tuer un individu. L’arme blanche est considérée comme un outil domestique et par pure tradition. Il en est de même pour les armes à décharges électriques qui sont à porté de tous. Si pour les armes à feu il existe une démarche pour l’autorisation de détention et ou de port rien n’est réglementé pour celles catégorisées armes blanches. Ceci rend difficile le travail de la police qui est souvent confrontée aux détaillants qui se comptent jusqu’au vendeur de tige de brochettes.

Yandé Diop

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